Cameroun : 215 agents des Finances sommés de justifier des rappels de salaires
215 agents du ministère des Finances convoqués pour justifier des rappels de salaires présumés perçus en double. Les contrôles portent sur des paiements remontant à 2015.

Le contrôle des rémunérations des agents publics camerounais franchit une nouvelle étape. Cette fois, le ministère des Finances se retrouve lui-même au cœur de l’opération.
Dans un communiqué signé le 9 septembre 2026, le ministre Louis Paul Motazé a convoqué 215 agents de son département, soupçonnés d’avoir perçu des rappels de salaires en double. Les intéressés disposent d’un délai maximal de quinze jours pour justifier les sommes concernées. Certains paiements remontent à 2015, révélant l’ampleur des vérifications engagées autour du fichier solde de l’État.
215 agents appelés à s’expliquer sur des paiements suspects
L’administration financière camerounaise entend faire la lumière sur des anomalies présumées dans les rémunérations de ses propres personnels. Selon le communiqué ministériel, les 215 agents concernés doivent se présenter à la Direction générale du Budget « dans les plus brefs délais et au plus tard quinze jours » après la publication du document.
L’objectif est de leur permettre de fournir les justificatifs nécessaires concernant des « rappels présumés indûment perçus en double ».
Ces versements suspects ont été identifiés à la suite d’un contrôle effectué par la Brigade de contrôle de la solde et des pensions (BCSP), chargée notamment de vérifier la régularité des rémunérations versées aux agents publics.
Les périodes concernées sont particulièrement étendues. Certains paiements remonteraient à juillet et août 2015, tandis que d’autres anomalies présumées portent sur des opérations réalisées jusqu’en 2025.
Cette amplitude temporelle souligne la difficulté de contrôler un système de rémunération alimenté par des opérations administratives successives. Elle montre également que les vérifications ne se limitent pas aux paiements récents, mais peuvent remonter sur plusieurs années.
À ce stade, toutefois, les agents convoqués ne sont pas déclarés coupables d’irrégularités. La démarche annoncée vise précisément à recueillir leurs explications et à vérifier la réalité des doubles paiements signalés.
Des montants encore inconnus, plusieurs questions en suspens
Si le nombre d’agents concernés est désormais connu, plusieurs informations essentielles restent à préciser.
Le ministère des Finances n’a communiqué ni le montant global des sommes potentiellement versées en double, ni les causes de ces anomalies présumées. Il n’a pas non plus indiqué quelles mesures pourraient être prises à l’issue des vérifications, notamment à l’égard des personnes dont les paiements seraient finalement reconnus comme indus.
Cette absence de précisions empêche, pour l’heure, de mesurer l’impact financier réel de l’opération. Un rappel de salaire peut en effet résulter de différentes situations administratives. La vérification des dossiers doit donc permettre de distinguer les paiements réguliers des éventuels trop-perçus.
L’enjeu ne consiste pas uniquement à identifier des montants à récupérer. Il s’agit aussi de comprendre comment des anomalies ont pu se produire et de renforcer les mécanismes destinés à les prévenir.
Le nettoyage du fichier solde se poursuit à grande échelle
L’opération visant les 215 agents s’inscrit dans un programme plus vaste d’assainissement des dépenses de personnel de l’État camerounais.
En février 2025, le ministère avait annoncé avoir détecté environ 4,02 milliards de FCFA de rémunérations indûment versées. À la fin de l’année 2024, quelque 1,03 milliard de FCFA avait déjà été récupéré.
La correction de ces anomalies devait également permettre à l’État de réaliser près de 1,1 milliard de FCFA d’économies annuelles.
Ces chiffres donnent une idée des enjeux budgétaires associés au contrôle des rémunérations publiques. Lorsque des paiements irréguliers se répètent ou persistent, ils peuvent peser durablement sur les finances de l’État et réduire les ressources disponibles pour d’autres dépenses.
Depuis janvier 2025, les autorités s’appuient notamment sur l’application AIGLES pour renforcer le contrôle et la gestion des personnels de l’administration publique.
AIGLES et le contrôle des avantages indus
Le chantier dépasse les seuls rappels de salaires. En juin 2026, le ministre de la Fonction publique, Joseph Le, avait indiqué que 53 525 agents publics continuaient de bénéficier de primes ou d’avantages jugés indus à la fin de 2024.
« Ils devront rendre gorge et rembourser ce trop-perçu », avait-il déclaré à la télévision nationale.
Cette déclaration illustre la volonté affichée des autorités de récupérer les sommes considérées comme irrégulièrement versées et de mieux maîtriser les dépenses salariales.
Pour le ministère des Finances, la convocation des 215 agents constitue ainsi une nouvelle étape dans la vérification du fichier solde. Le résultat dépendra désormais de l’examen des justificatifs, de l’identification des éventuels trop-perçus et des suites administratives qui seront effectivement données aux dossiers.
Derrière cette procédure, une question demeure centrale : jusqu’où le contrôle des rémunérations permettra-t-il de réduire les dépenses irrégulières et de restaurer la fiabilité du système de paie de l’État ? Les prochaines étapes de l’opération devraient apporter des éléments de réponse.
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