Étienne Yuh Jam, doctorant camerounais du Centre Pasteur, remporte le Young Scientists Award au réseau GABRIEL 2026 pour ses recherches sur la tuberculose latente. Une fierté nationale. Il y a des moments où un jeune chercheur, armé de sa curiosité et de ses nuits blanches au laboratoire, fait rayonner tout un continent. C’est exactement ce qui s’est produit à Antananarivo du 3 au 5 juin 2026, lors de la 14ᵉ réunion internationale du réseau GABRIEL l’une des plateformes scientifiques les plus influentes dans la lutte contre les maladies infectieuses en Afrique et dans le monde. Étienne Yuh Jam, doctorant à l’Université de Bamenda et chercheur au Service de Mycobactériologie du Centre Pasteur du Cameroun, a décroché le très convoité Young Scientists Award. Un trophée, une reconnaissance internationale, et 5 000 euros à la clé. Mais surtout, une porte grande ouverte sur l’avenir de la médecine préventive contre la tuberculose. Qu’est-ce que le réseau GABRIEL, et pourquoi ça compte ? Organisée par le Centre d’Infectiologie Charles Mérieux et la Fondation Mérieux, la rencontre a rassemblé des chercheurs venus de nombreux pays autour d’un agenda commun : comprendre, anticiper et contrer les maladies infectieuses et les menaces sanitaires émergentes. Dans cette arène scientifique de haut niveau, le Centre Pasteur du Cameroun (CPC) n’est pas venu en touriste. La délégation camerounaise, conduite par le Dr Sara Eyangoh, a présenté pas moins de six contributions scientifiques : quatre communications orales et deux posters. Des travaux couvrant des terrains aussi cruciaux que la résistance aux traitements antituberculeux, les infections bactériennes résistantes aux antibiotiques, les mycobactéries non tuberculeuses, ou encore de nouvelles approches diagnostiques pour améliorer la prise en charge des malades. La tuberculose latente : un ennemi invisible, une priorité mondiale La tuberculose reste l’une des maladies infectieuses les plus meurtrières de la planète. Chaque année, des millions de personnes en meurent, souvent parce que la maladie n’a pas été détectée à temps dans sa phase silencieuse ce que les spécialistes appellent la tuberculose latente. C’est précisément ce problème qu’Étienne Yuh Jam a décidé de s’attaquer de front. Ses recherches portent sur la signature transcriptomique RISK6, un outil biologique innovant capable d’identifier, à partir d’une analyse de l’expression de certains gènes, les individus porteurs d’une tuberculose latente susceptible d’évoluer vers une forme active et contagieuse. En clair : détecter la maladie avant qu’elle ne frappe. Une avancée qui pourrait, si elle est déployée à grande échelle, transformer radicalement les stratégies de prévention dans les pays à forte prévalence. Sélectionné parmi cinq finalistes représentant plusieurs nations du réseau, Étienne Yuh Jam a convaincu un jury de haut rang que ses travaux méritaient la plus haute distinction. Une compétition serrée, un jury exigeant, un résultat sans appel. Le Centre Pasteur du Cameroun, acteur incontournable de la recherche africaine Au-delà de la fierté nationale que suscite cette récompense, le succès de la délégation camerounaise à Antananarivo illustre une tendance de fond : le CPC monte en puissance dans les réseaux scientifiques internationaux. L’institution, dont la réputation repose sur plusieurs décennies de travaux rigoureux en santé publique, confirme ici sa capacité à former, encadrer et projeter des chercheurs capables de rivaliser avec les meilleures équipes mondiales. Le Dr Valérie Flore Donkeng Donfack, le Dr Pierrette Landrie Simo Tchuinte, et la doctorante Erika Londi ont également contribué à cette présence remarquée sur la scène internationale. C’est tout un écosystème scientifique qui se construit au Cameroun, brique par brique, thèse par thèse. Un signal fort pour l’avenir de la biomédecine africaine La consécration d’Étienne Yuh Jam envoie un message clair aux jeunes scientifiques du continent : l’excellence africaine n’a rien à envier aux meilleures universités du monde. Elle se fabrique ici, dans les laboratoires de Yaoundé, de Bamenda, dans les centres de recherche qui refusent de se résigner à l’invisibilité. Alors que le continent africain reste en première ligne face aux maladies infectieuses tuberculose, paludisme, fièvres hémorragiques, résistances aux antibiotiques la montée en puissance de chercheurs comme Étienne Yuh Jam représente bien plus qu’une distinction individuelle. C’est un investissement dans l’avenir de la santé publique mondiale, né au cœur de l’Afrique centrale.