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AGOA prorogé jusqu’en 2028 : un sursis pour le commerce États-Unis-Afrique dans l’ombre de la Chine

La Chambre des Représentants américaine adopte l’AGOA Extension Act, proposant une prorogation de 3 ans jusqu’à fin 2028. Analyse d’un outil commercial devenu un levier de guerre économique contre Pékin.

C’est un sursis, pas une renaissance. Le 12 janvier 2026, la Chambre des Représentants américaine a adopté le projet de loi H.R. 6500 – AGOA Extension Act. Ce texte, porté par les républicains, ouvre la voie à une prorogation de trois ans de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), jusqu’au 31 décembre 2028. Après son expiration fin septembre 2025, cette décision apporte une bouffée d’oxygène aux échanges commerciaux entre les États-Unis et l’Afrique subsaharienne.

Mais derrière cette extension technique se cache un changement d’époque. L’AGOA, pierre angulaire des relations commerciales depuis l’an 2000, n’est plus seulement un outil de développement.

Il est désormais officiellement perçu à Washington comme un instrument de sécurité économique et nationale. Le contexte est clair : la rivalité stratégique avec la Chine redéfinit toutes les politiques, y compris celles envers l’Afrique.

La Chine, l’ombre portée sur le vote américain

Le timing du vote n’est pas un hasard. Il intervient alors que la Chine a considérablement renforcé son attractivité en instaurant une politique de « zéro droit de douane » pour les exportations de 53 pays africains. Face à cette offensive commerciale agressive, le Congrès américain a senti le besoin d’agir pour éviter un décrochage durable de l’influence économique américaine sur le continent.

L’enjeu est désormais clairement nommé dans les documents accompagnant la loi : les minerais critiques. L’Afrique concentrerait environ 30% des ressources mondiales essentielles à la transition énergétique, aux technologies de pointe et à l’industrie de défense.

Pékin aurait déjà investi 8 à 10 milliards de dollars pour sécuriser ces chaînes d’approvisionnement. L’AGOA devient ainsi un levier pour contrer cette emprise et maintenir une porte d’entrée américaine sur ces ressources stratégiques.

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Une prorogation courte qui laisse toutes les options ouvertes

Contrairement aux projets de réforme ambitieux évoqués ces dernières années – comme une extension jusqu’en 2041 –, cette prorogation de trois ans est un compromis tactique. Elle offre une visibilité minimale aux entreprises des deux continents tout en laissant au prochain Congrès et à l’exécutif le temps de négocier une refonte plus profonde.

Cette courte durée reflète aussi les tensions internes américaines. D’un côté, le lobby des affaires, mené par la Chambre de Commerce, a fait pression pour sauvegarder un accord qui soutient des milliers d’emplois américains et diversifie les chaînes d’approvisionnement hors de Chine.

De l’autre, une aile plus protectionniste, alignée sur la doctrine « America First » de Donald Trump, rechigne à accorder des avantages commerciaux unilatéraux sans contreparties claires.

Le piège des surtaxes présidentielles : un avantage compétitif fragile

Le texte adopté comporte une clause cruciale, souvent passée sous silence. La prorogation de l’AGOA ne limite en rien les pouvoirs du président en matière tarifaire. Concrètement, si un produit africain entre en franchise de droits grâce à l’AGOA, l’exécutif américain conserve le pouvoir de lui imposer une surtaxe unilatérale pour des motifs de « sécurité nationale » ou de protection de l’industrie locale.

Cette disposition vide en partie l’AGOA de sa substance. Elle crée une insécurité juridique permanente pour les exportateurs africains.

Leur avantage compétitif peut être annulé du jour au lendemain par un décret présidentiel, comme cela a été le cas pour l’acier et l’aluminium sous Trump. L’accès au marché américain reste donc un privilège révocable à tout moment.

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