Découvrez Rema, l’innovation ivoirienne qui permet de payer sans connexion internet grâce au Bluetooth. Une invention portée par quatre étudiants pour l’inclusion financière en Afrique.
Et si l’avenir du paiement mobile en Afrique passait par le Bluetooth ? C’est le pari audacieux et déjà réussi de quatre étudiants ivoiriens de l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan.
Âgés de 18 à 21 ans, Jean-Luc Adjo, Djiablé Luc Olivier Jaurès, Ariel Kouakou Placide et Konaté Ibrahim Junior viennent de lancer le Protocole Rema.
Leur invention : un système de paiement numérique qui fonctionne sans aucune connexion internet, en utilisant simplement la technologie Bluetooth présente sur presque tous les téléphones.
Leur objectif est clair et ambitieux : éradiquer la fracture financière dans les zones blanches, ces régions où l’accès au réseau est inexistant ou trop instable pour les transactions mobiles classiques.
Alors que près de 40% du continent africain souffre encore de ce déficit de connectivité, Rema propose de transformer le cash physique en argent numérique sécurisé et traçable, ouvrant la voie à une inclusion financière véritablement totale.
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Comment ça marche ? La magie du Bluetooth au service de l’inclusion
Le principe est d’une simplicité désarmante pour l’utilisateur. Pour payer, il suffit d’activer le Bluetooth entre deux téléphones, même en mode avion. L’argent numérique, sécurisé par une clé cryptographique unique (AES-256), est transféré d’un appareil à l’autre.
Chaque transaction génère un identifiant unique (UUID) et la donnée, même interceptée, reste illisible sans la clé privée stockée dans l’enclave sécurisée du téléphone.
« Nous traduisons les propriétés du cash physique – instantanéité, indépendance du réseau – vers le numérique, en y ajoutant la traçabilité et la sécurité », explique Konaté Ibrahim Junior, le CEO et CTO du projet.
L’innovation va plus loin : en cas de perte ou de vol du téléphone en zone hors-ligne, un système d’audit mathématique basé sur l’historique des recharges permet à l’utilisateur de récupérer son argent, une garantie impossible avec les espèces.
Une genèse improbable : de la psychologie et de l’économie au code pur
L’histoire de Rema est un véritable conte moderne. Elle naît en 2025 lors d’un design sprint organisé par la Caisse des Dépôts de Côte d’Ivoire. L’équipe, initialement composée de sept étudiants (dont trois femmes) en psychologie et en économie, ne remporte pas le financement, mais son idée bluffe le jury.
Sans formation en informatique, mais portés par une conviction inébranlable, les quatre amis décident d’apprendre à coder en autodidactes.
Avec une mise de départ de seulement 20 euros pour un abonnement à une intelligence artificielle générative (Gemini AI de Google), ils conçoivent et développent un prototype fonctionnel en à peine 5 mois. « L’IA a été notre accélérateur, mais notre formation en psychologie nous a aidés à comprendre les besoins profonds des utilisateurs », témoigne Konaté.
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Une ambition de partenaire, pas de concurrent
La démarche des jeunes fondateurs est stratégique. Ils ne se positionnent pas comme une nouvelle fintech en concurrence avec les géants du mobile money, mais comme un tech-provider (fournisseur de technologie).
Leur objectif est de fournir leur protocole sous forme de kit logiciel (SDK) que les Émetteurs de Monnaie Électronique (EME) existants pourront intégrer à leurs propres applications.
« Nous ne voulons pas créer une nouvelle application, mais devenir le standard technologique qui sécurise et permet les transactions hors-ligne pour toutes les plateformes », précise Jean-Luc Adjo, responsable des affaires commerciales.
Cette approche collaborative a déjà attiré l’attention de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
Au-delà des paiements : la « lumière » pour une Afrique souveraine
Le nom « Rema », qui signifie « révélation » ou « lumière » dans une langue locale, symbolise bien leur ambition. Leur vision dépasse la simple transaction.
Ils planchent déjà sur une version 2.0 du protocole capable de transférer des données de santé de manière sécurisée et hors-ligne, ouvrant des perspectives immenses pour la télémédecine en zones reculées.
Soutenus par leurs familles dans un parcours où les sciences humaines ont rencontré la tech, ces quatre étudiants incarnent une nouvelle génération d’innovateurs africains : agiles, pragmatiques, et déterminés à résoudre les problèmes de leur continent avec les moyens de leur époque. Leur prototype fonctionne.
Leur prochain défi : lever des fonds pour industrialiser la solution et recruter des talents seniors, afin que la lumière Rema éclaire bien au-delà des frontières ivoiriennes.










