L’UCCAO inaugure une usine de torréfaction de café à Bafoussam, un investissement de 1,05 milliard FCFA. Découvrez comment cette unité de transformation veut booster la filière café au Cameroun, créer des emplois et concurrencer l’importation.
C’est une odeur qui a longtemps fait la fierté du Cameroun. Celle du café, qui réveillait les matins et faisait tourner les économies locales. Pendant des années, cette arôme a été mise en sourdine, étouffée par les difficultés d’une filière laissée en jachère.
Mais ce 12 mars à Bafoussam, dans la capitale des Hauts-Plateaux, le café camerounais a repris des couleurs. Et même, une sacrée puissance de feu.
Au milieu des collines verdoyantes de l’Ouest, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Gabriel Mbaïrobé, a coupé le ruban d’une infrastructure qui change la donne.
L’Union centrale des coopératives agricoles de l’Ouest (UCCAO) vient de mettre en service une usine de torréfaction dernier cri. Coût de l’opération : 1,05 milliard de FCFA. Un montant qui donnerait le vertige à certains peut-être, mais qui dit bien l’ambition : faire du Cameroun un champion de la transformation locale.
Une usine XXL pour réveiller la filière
Entrer dans cette nouvelle unité, c’est comme pénétrer dans le ventre d’un géant silencieux mais efficace. Ici, tout est pensé pour la performance.
La bête peut avaler six tonnes de café en huit heures. Six tonnes ! Du grain brut à la poudre prête à être vendue, en passant par le décorticage et le calibrage.
Et ce, pour les deux variétés qui font la réputation du terroir camerounais : l’arabica, doux et parfumé, et le robusta, puissant et corsé.
L’automatisation est totale. Fini le temps du traitement artisanal qui limitait les volumes. C
ette usine est un concentré de technologie, un pari sur l’avenir financé par un montage original : l’État camerounais a mis 700 millions de FCFA dans la corbeille, tandis que l’UCCAO a sorti 350 millions de ses propres caisses. Public-privé, main dans la main, pour redonner ses lettres de noblesse à une filière qui en avait bien besoin.
L’heure de la revanche sur l’importé
Pour Gabriel Mbaïrobé, le message était clair en coupant le ruban : « Cette unité, c’est du concret. » Du concret pour les producteurs, qui voient enfin s’ouvrir des débouchés stables.
Du concret pour l’emploi, avec des postes directs et indirects qui vont fleurir dans la région. Et du concret pour la stratégie nationale, celle de l’import-substitution.
Car le ministre ne s’est pas arrêté à cette inauguration. Il a sorti de sa manche un atout de taille : bientôt, une chaîne dédiée à la production de café instantané viendra compléter l’offre.
L’objectif ? Réduire drastiquement la dépendance du Cameroun aux poudres importées qui envahissent les étals. Fini le temps où l’on achetait à l’étranger ce que l’on sait si bien produire chez soi.
L’usine de Bafoussam devient le fer de lance d’une reconquête : celle des tasses et des palais camerounais.
Un parfum de renaissance
Cette inauguration sent bon la revanche. Depuis la libéralisation du secteur, la filière café camerounaise a traversé des années noires. Production en berne, producteurs découragés, qualité parfois sacrifiée sur l’autel de la survie.
Mais les derniers chiffres donnent le sourire : en 2025, les volumes commercialisés ont grimpé à 11 637 tonnes. Soit une hausse de 10 %. La valeur, elle, a explosé pour atteindre 3,5 milliards de FCFA, plus du triple des années précédentes.
Un rebond spectaculaire porté par le robusta, ce segment où le Cameroun veut aujourd’hui assoyer sa domination régionale.
Derrière ces chiffres, il y a des hommes et des femmes. Les producteurs de l’Ouest, qui retrouvent une fierté. Les coopératives, qui voient enfin la valeur ajoutée rester sur le territoire.
Et l’UCCAO, qui avec cette unité, envoie un signal fort : le café camerounais ne se contente plus d’être une matière première envoyée à l’autre bout du monde pour y être transformé. Il veut exister chez lui, dans sa version la plus aboutie, la plus noble.
La promesse d’un café 100 % Cameroun
L’enjeu, au fond, dépasse la simple économie. Il est aussi une question de réputation. Le café camerounais jouit encore d’une aura certaine sur les marchés internationaux.
Mais cette aura doit être préservée, choyée, portée par une transformation locale qui garantit la qualité. En maîtrisant toute la chaîne, du champ à la tasse, l’UCCAO et ses partenaires publics posent les jalons d’une souveraineté aromatique.
Alors, certes, les défis restent nombreux. Stabiliser la production, former les producteurs, séduire les consommateurs locaux habitués aux goûts importés.
Mais à Bafoussam, ce 12 mars, le café était plus qu’une boisson. Il était un symbole. Celui d’une filière qui se redresse, qui investit, qui croit en son avenir. Et qui, désormais, a une usine à la hauteur de ses ambitions.










