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Cameroun : pourquoi les députés vont rester en poste jusqu’en décembre 2026 (et ce que ça change pour vous)

La Présidence camerounaise propose une nouvelle prorogation du mandat des députés jusqu’au 20 décembre 2026. Entre raisons financières, réajustement d’Elecam et enjeux constitutionnels, on vous explique tout.

Le 19 mars 2026, un texte discret mais lourd de conséquences a atterri sur le bureau de l’Assemblée nationale. Son expéditeur : la Présidence de la République.

Son objet : prolonger encore une fois le mandat des députés de la 10e législature. Si les élus disent oui, ils resteront en poste jusqu’au 20 décembre 2026. Soit près de deux ans de plus que le quinquennat prévu par la loi.

Dans les couloirs du Parlement, on le sait déjà : ce projet de loi sera l’un des dossiers chauds de la session parlementaire de mars. Il devrait être adopté avant la clôture, prévue autour du 10 avril. Mais pourquoi cette nouvelle prorogation ? Et qu’est-ce que cela change concrètement pour le calendrier électoral et pour les Camerounais ? Décryptage.

Un deuxième report après celui de 2024

Pour comprendre, il faut remonter un peu en arrière. Normalement, les députés camerounais sont élus pour cinq ans. Les dernières élections législatives ont eu lieu le 9 février 2020. Leur mandat devait donc logiquement s’éteindre le 9 février 2025.

Mais voilà : le 24 juillet 2024, un décret présidentiel a prorogé ce mandat de douze mois, jusqu’au 30 mars 2026. Une première prolongation, rendue possible par l’article 15 de la Constitution de 1996, qui permet au Président de la République, en cas de crise grave et après consultation des instances compétentes, de demander à l’Assemblée nationale de proroger ou d’abréger son propre mandat par une loi.

Aujourd’hui, avec l’échéance du 30 mars qui approche, la Présidence remet le couvert. Le nouveau projet de loi propose de pousser la date limite au 20 décembre 2026. Soit près de sept mois supplémentaires par rapport à la première prorogation.

L’argument financier, première justification

Dans l’exposé des motifs du projet de loi, l’exécutif avance deux arguments principaux pour justifier ce nouveau délai. Le premier est financier, et il est de poids.

L’année 2025 a été chargée pour les caisses de l’État. D’abord, l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, qui a mobilisé d’importants moyens logistiques, matériels et sécuritaires. Ensuite, l’élection des conseillers régionaux fin décembre, qui a elle aussi pesé sur le budget. Deux scrutins organisés en l’espace de quelques mois, dans un contexte économique que l’exécutif qualifie lui-même de « difficile ». Répéter les élections législatives et municipales (dont le mandat expire également) dans la foulée aurait été, selon la logique présidentielle, un effort budgétaire trop lourd. La prorogation vise donc à « alléger la charge financière que font peser les élections sur le budget de l’État ».

Elecam a besoin de souffler

Le second argument touche à l’organisation matérielle des scrutins. L’exécutif estime que l’organe en charge des élections, Elecam, a besoin de temps pour « se rajuster » et « assurer une organisation plus sereine » des futures législatives et municipales.

Un aveu implicite, mais important : après deux scrutins majeurs en quelques mois, la machine électorale a besoin de souffler. La prorogation offre un répit logistique pour préparer les prochaines échéances dans de meilleures conditions.

Un calendrier électoral réajusté, mais toujours flou

Derrière ces justifications techniques, il y a une réalité politique. Le 10 février 2026, lors de son discours à la Jeunesse, le président Paul Biya avait lui-même annoncé « un léger réajustement du calendrier électoral ». La nouvelle doyenne d’âge de l’Assemblée nationale, Marlyse Soppo Touté, en avait déduit, lors de la séance inaugurale du 10 mars, que le report des législatives et des municipales était « quasiment acquis ».

Aujourd’hui, ce « léger réajustement » prend la forme d’une prorogation de près de neuf mois. De quoi laisser du temps pour organiser les élections, mais aussi, dans l’esprit de nombreux observateurs, pour gérer d’autres dossiers politiques plus sensibles.

Le spectre de la révision constitutionnelle

Car ce qui agite vraiment les milieux politiques camerounais, ce n’est pas seulement le report des élections. C’est ce qui pourrait se passer pendant ce délai supplémentaire. Dans les couloirs, on parle d’une éventuelle « modification de la Constitution ». Un sujet qui revient régulièrement dans les discussions et qui, cette fois, pourrait être accéléré.

Le calendrier prorogé donne du temps. Du temps pour préparer un éventuel projet de révision, du temps pour négocier au sein de la majorité, du temps pour le faire adopter. Officiellement, rien n’est annoncé. Mais les regards sont tournés vers la Présidence, et les attentes se cristallisent.

Que se passe-t-il pour les maires ?

Une question demeure : qu’en est-il des exécutifs municipaux ? Le mandat des maires, qui est également de cinq ans, arrive aussi à échéance. Mais la Constitution ne prévoit pas les mêmes mécanismes de prorogation que pour les députés. Pour l’instant, les maires et leurs conseils municipaux restent dans l’expectative, suspendus aux décisions du chef de l’État.

Une situation inconfortable pour les élus locaux, qui doivent gérer le quotidien de leurs communes sans savoir combien de temps ils resteront en poste.

Une seule certitude : le calendrier électoral camerounais, déjà chamboulé, entre dans une zone de turbulences où les reports successifs redessinent en silence la carte du pouvoir.

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