L’Imprimerie nationale annule un appel d’offres de 230 millions de FCFA destiné à réhabiliter ses équipements, sans préciser les raisons de cette décision.
L’Imprimerie nationale du Cameroun vient de mettre un coup d’arrêt à une opération de 230 millions de FCFA destinée à remettre à niveau une partie de son appareil de production. L’appel d’offres, lancé le 7 août 2026, a été annulé par une décision signée le 9 septembre par son directeur général, Pierre Nolasque Oyono Bika, puis publiée le 11 septembre sur le portail de l’Agence de régulation des marchés publics (ARMP).
Sur le papier, la décision est claire. Dans le fond, elle laisse plusieurs questions sans réponse. L’établissement public se contente de faire référence à l’article 92 de ses directives internes de gestion des marchés publics, sans exposer le motif précis de l’abandon.
Impossible donc de savoir, à la seule lecture du document, si les offres avaient été ouvertes, si une nouvelle consultation est envisagée ou si l’enveloppe de 230 millions de FCFA sera réaffectée.
Cette zone d’ombre intervient après une procédure déjà marquée par des reports. La remise et l’ouverture des offres, initialement fixées au 28 août, avaient été repoussées au 31 août, puis au 2 septembre. Sept jours après cette dernière échéance, l’appel d’offres a finalement été annulé. Les actes publiés ne permettent pas d’établir si ces reports ont joué un rôle dans cette issue.
Sept lots pour remettre l’outil de production en état
Derrière cette procédure se trouvait un chantier très concret : réhabiliter plusieurs équipements indispensables au fonctionnement de l’Imprimerie nationale. Financé sur le budget de fonctionnement 2026 grâce à une dotation spéciale du ministère des Finances, le marché était réservé aux entreprises camerounaises spécialisées dans les génies mécanique et électrotechnique.
Les 230 millions de FCFA étaient répartis en sept lots. Le plus important, évalué à 70 millions, concernait quatre équipements destinés à la sécurisation des documents. Cinq presses offset de la série SX représentaient 45 millions. Quatre machines de production d’enveloppes et cinq massicots étaient dotés de 40 millions chacun. Les presses offset de la série K nécessitaient 15 millions, tandis que la climatisation de trois espaces de production et la révision d’une rotative offset étaient budgétées à 10 millions chacune.
Le cahier des charges révélait surtout l’ampleur des interventions attendues. Il prévoyait des réparations mécaniques, électriques et électroniques, le remplacement de pièces, la résolution de problèmes de programmation et la formation des opérateurs et du personnel de maintenance.
Rouleaux, courroies et capteurs usés, systèmes de commande défectueux et climatiseurs hors service figuraient notamment parmi les difficultés recensées.
Selon les lots, les travaux devaient durer entre 45 et 120 jours. Plus sensible encore, les entreprises retenues devaient maintenir les machines réparées en état de fonctionnement pendant l’exécution d’une commande de matériel électoral. L’annulation laisse ainsi en suspens la manière dont ce besoin opérationnel sera désormais couvert.
Le PPP de 20 ans ajoute une autre interrogation
Cette décision intervient dans un contexte de transformation plus large. Le 28 novembre 2025, l’Imprimerie nationale avait signé un partenariat public-privé de vingt ans avec le groupe ivoirien Impact Palmarès R&D, présenté comme un levier de modernisation, d’automatisation et de sécurisation de l’outil de production.
Le contrat avait été signé par Pierre Nolasque Oyono Bika et Giresse Tella, président d’Impact Palmarès R&D, lors d’une cérémonie présidée par le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi. Mais le montant du PPP, son plan de financement et la répartition des investissements entre les partenaires n’ont pas été rendus publics.
Une question reste donc entière : les réparations prévues pour 230 millions de FCFA devaient-elles constituer une étape transitoire avant les investissements privés, fonctionner indépendamment du PPP ou s’inscrire dans son périmètre ? Le dossier d’appel d’offres ne le précise pas. En l’état, aucun élément ne permet d’affirmer que le partenariat explique l’annulation.
Des fragilités industrielles déjà anciennes
Les difficultés de l’Imprimerie nationale ne datent toutefois pas de 2026. En mars 2019, Cameroon Tribune rapportait déjà l’arrêt de machines de grand format et la réduction du parc de petit format, passé de dix à quatre unités opérationnelles. Sur 7 milliards de FCFA de commandes enregistrées en 2018, seulement 3 milliards avaient alors été exécutés, soit 42,9 %.
Ces données ne permettent évidemment pas de dresser un diagnostic de la situation industrielle en 2026. Elles rappellent néanmoins que la capacité productive de l’établissement constitue un sujet ancien.
Désormais, le véritable enjeu dépasse donc l’annulation d’un marché. Il réside dans la capacité de l’Imprimerie nationale à sécuriser rapidement son outil de production, préserver ses missions stratégiques et clarifier la trajectoire entre maintenance immédiate et modernisation de long terme.









