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BEAC : un franc CFA numérique pour contrer les stablecoins en dollar

La BEAC veut créer un franc CFA numérique souverain pour contrer les stablecoins en dollar. Souveraineté monétaire, réserves de change, régulation crypto : tout ce qu’il faut savoir.

Il y a une question qui agite désormais les banques centrales du monde entier, des gratte-ciel de Francfort aux buildings de Nairobi : qui contrôlera la monnaie numérique de son territoire demain ? Pour la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), la réponse est tranchée et elle ne laisse aucune place à l’ambiguïté : ce sera elle, et personne d’autre.

Dakar, le signal d’une offensive souveraine

C’est à Dakar, lors d’une conférence internationale organisée par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest sur les crypto-actifs et les innovations numériques, que le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a posé les termes de la bataille.

Son message, formulé avec une clarté rare pour le monde feutré des banquiers centraux : pas de stablecoins privés libellés en dollar dans la zone CEMAC. À la place, un instrument numérique souverain, indexé à parité stricte sur le franc CFA.

« Nous n’aurons qu’une parité : un franc CFA, un franc CFA numérique, adapté au cadre de coopération existant. C’est une question de souveraineté monétaire au niveau de la zone CEMAC », a-t-il déclaré lors de la table ronde des gouverneurs.

La formule est lapidaire. Elle dit tout.

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Pourquoi les stablecoins font peur à Yaoundé

Pour comprendre l’enjeu, il faut saisir la spécificité de la zone CEMAC. Le Cameroun, le Gabon, le Tchad, le Congo, la Guinée équatoriale et la République centrafricaine partagent une même monnaie : le franc CFA.

Sa dont la convertibilité est garantie dans le cadre d’une convention avec le Trésor français. Une architecture monétaire unique, fragile par construction, et que l’irruption massive de stablecoins en dollar viendrait directement menacer.

Le mécanisme du risque est simple : un résident de la CEMAC qui utilise de l’USDT (le stablecoin de Tether adossé au dollar) doit mobiliser des devises étrangères pour alimenter son portefeuille numérique, souvent hébergé hors de la zone.

Résultat : une fuite de devises, une pression accrue sur les réserves de change, et une banque centrale progressivement court-circuitée dans sa capacité à piloter la liquidité et les taux d’intérêt.

Or, les réserves de la CEMAC ne sont pas au beau fixe.

Ce que « franc CFA numérique » veut dire concrètement

L’idée défendue par Yvon Sana Bangui repose sur un principe économique clair : répondre à la demande croissante d’actifs numériques sans déléguer l’émission monétaire à des acteurs privés.

Un franc CFA numérique, indexé à parité stricte sur la monnaie existante, permettrait à la BEAC de conserver le contrôle de trois leviers essentiels : l’unité de compte, l’émission, et la liquidité.

La BEAC travaille depuis plusieurs années sur l’hypothèse d’une monnaie numérique de banque centrale (CBDC). Le cadre réglementaire sous-régional est attendu en 2026.

Pendant ce temps, l’expérience kényane sera suivie de près. Elle offre un banc d’essai grandeur nature sur la faisabilité d’une cohabitation régulée entre stablecoins privés et politiques monétaires souveraines.

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Trois territoires, trois approches

La conférence de Dakar a mis en lumière des stratégies nationales divergentes, révélatrices des dilemmes que chaque pays doit trancher.

Le Kenya a choisi de jouer la carte de la régulation stricte plutôt que du rejet. Nairobi intègre les stablecoins dans un cadre juridique encadré par le Virtual Asset Service Providers Act, imposant aux émetteurs les exigences de capital les plus élevées, des réserves couvertes à 100%, dont au moins 30% en dépôts bancaires, et un droit de rachat à vue pour les détenteurs.

Une approche pragmatique, dans un pays où les paiements mobiles ont depuis longtemps transformé les usages financiers.

La Sierra Leone, elle, avance avec prudence : compréhensible pour un pays qui a connu un pic d’inflation à 54% en octobre 2023 avant de le ramener sous 5% en avril 2025. Ses autorités évaluent avec l’appui du FMI un cadre d’autorisation des stablecoins, sans se précipiter.

La BEAC, enfin, incarne une troisième voie : proposer une alternative souveraine numérique plutôt qu’encadrer des instruments privés dont elle ne maîtrise pas l’émission.

Derrière les débats techniques, la BEAC pose une question politique fondamentale, à laquelle toutes les banques centrales africaines vont devoir répondre : dans un monde où les paiements numériques transfrontaliers se généralisent, qui émettra la monnaie qui circulera dans les échanges.

Une institution publique démocratiquement accountable, ou une entreprise privée américaine adossée au dollar ?

Pour la CEMAC, la réponse est déjà tranchée. Reste maintenant à construire l’alternative.

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