Thermosun Cameroun et Blue Energy Holding veulent investir plus de 856 milliards FCFA pour valoriser les déchets de Yaoundé et Douala. Électricité, biocarburants, engrais : un projet industriel XXL qui pourrait révolutionner la gestion des ordures au Cameroun.
Elles s’amoncellent chaque jour un peu plus, encombrant les artères des grandes villes, polluant les bas-fonds et empoisonnant la vie des riverains.
Les montagnes d’ordures de Yaoundé et de Douala sont devenues le symbole d’un défi que le Cameroun peine à relever. Mais voilà que dans les coulisses du pouvoir, deux entreprises privées préparent une révolution.
Leur pari ? Faire du déchet une ressource. Leur ambition ? Investir plus de 856 milliards de FCFA pour transformer les poubelles des métropoles en électricité, en carburant et en engrais.
Bienvenue dans l’ère naissante de l’économie circulaire à la camerounaise.
Deux projets, une même vision
C’est un dossier qui pourrait changer la donne environnementale du pays. Thermosun Cameroun et Blue Energy Holding, deux entreprises locales, sont en négociation avancée avec l’État pour lancer des unités industrielles de valorisation des déchets.
Ensemble, elles pèsent un investissement cumulé de 856 milliards FCFA. De quoi faire du Cameroun un pionnier en Afrique centrale dans le traitement moderne des ordures.
Car le constat est implacable : Yaoundé et Douala produisent chaque jour des milliers de tonnes de déchets qui, faute d’infrastructures adaptées, finissent dans des décharges sauvages ou polluent les eaux.
Mais pour ces deux entreprises, ce qui est un problème pour les uns est une mine d’or pour les autres.
Thermosun Cameroun : 276 milliards pour une usine industrielle
Le premier projet, porté par Thermosun Cameroun, prévoit la construction de deux unités industrielles à Yaoundé et Douala. L’infrastructure, pensée comme une usine à tout faire, intégrerait un système de collecte capable d’aspirer jusqu’à 1 500 tonnes de déchets par jour.
Chaque jour ! Soit l’équivalent de plusieurs centaines de camions-bennes déversant leur chargement dans des installations ultramodernes.
Au final, ce sont 833 tonnes qui seraient traitées quotidiennement, soit près de 280 000 tonnes par an. Et rien ne se perd, tout se transforme.
Les déchets, triés et traités, deviendraient de l’engrais pour l’agriculture, de l’électricité pour alimenter les foyers, et du biocarburant pour faire rouler les véhicules.
L’investissement pour cette première phase est estimé à 276 milliards FCFA. Mais avant de sortir le carnet de chèques, les discussions se poursuivent avec l’État sur le cadre d’exploitation.
Qui gère quoi ? Comment financer ? Les réponses à ces questions détermineront si ce rêve industriel deviendra réalité.
Blue Energy Holding : 580 milliards pour électrifier le pays
Pendant que Thermosun peaufine son dossier, Blue Energy Holding prépare un projet encore plus colossal. 580 milliards FCFA d’investissement pour traiter jusqu’à 3 000 tonnes de déchets par jour.
À la clé, une production annuelle d’électricité estimée à 912,5 gigawattheures. De quoi alimenter des milliers de foyers, mais aussi, ambition affichée, des futurs bus électriques qui circuleraient dans les grandes villes.
L’entreprise ne compte pas s’arrêter là. Son projet intègre l’acquisition de 1 000 camions fonctionnant au biogaz ou au biodiesel, l’installation de 10 000 bacs à ordures modernes pour fluidifier la collecte, et la mise en place d’une centrale électrique indépendante.
Bref, une refonte complète de la chaîne de gestion des déchets dans les deux métropoles.
Reste un obstacle de taille : le financement. Blue Energy Holding est encore en quête de capitaux et discute notamment avec des agences suédoises.
Ces dernières conditionnent leur soutien à une contrepartie publique de 30 %, soit environ 174 milliards FCFA. Un point de blocage qui, s’il est levé, pourrait débloquer la situation.
Un marché encore à construire
Si ces deux projets se concrétisent, le Cameroun ferait un bond de géant dans la gestion de ses déchets urbains. Aujourd’hui, la filière de valorisation industrielle y est encore embryonnaire.
Les initiatives existantes sont souvent artisanales ou limitées à quelques quartiers. L’arrivée d’opérateurs de cette envergure structurerait une véritable industrie, créant des milliers d’emplois directs et indirects.
Mais les défis sont nombreux. Le cadre juridique et réglementaire du traitement des déchets doit encore être clarifié.
Les contrats d’exploitation, les modalités de financement public-privé, les garanties de l’État : autant de sujets sensibles qui se négocient actuellement dans les bureaux des ministères.
Il y a aussi la question de la collecte. Pour qu’une usine de valorisation tourne, il faut lui fournir des tonnes de déchets chaque jour.
Cela suppose une organisation sans faille, des camions, du personnel, des bacs adaptés. Une logistique à repenser entièrement.
L’économie circulaire comme horizon
Pourtant, l’enjeu dépasse le seul cadre industriel. Dans un contexte de transition écologique mondiale, savoir transformer ses déchets en ressources, c’est aussi gagner en souveraineté.
Moins de pollution, moins d’importation d’engrais chimiques, une électricité produite localement à partir de ce que l’on jette.
Les promoteurs de ces projets le savent : ils ne vendent pas seulement une usine, ils vendent une vision.
Celle d’un Cameroun où les montagnes d’ordures qui enlaidissent les quartiers deviennent des mines urbaines, où les poubelles d’aujourd’hui alimentent les moteurs de demain.
Reste à transformer l’essai. Les négociations en cours avec l’État, les recherches de financements, les arbitrages politiques : tout cela dira si ces 856 milliards FCFA d’investissement passeront de la feuille de calcul à la réalité du terrain.
En attendant, une chose est sûre : le débat sur les déchets, longtemps relégué au rang de problème technique, entre enfin dans l’ère industrielle.
Et si tout se joue dans les prochains mois, le Cameroun pourrait bien offrir à l’Afrique un modèle de ce que l’on appelle désormais la « transition verte ».










