Le Cameroun affiche un taux d’inflation de 2,9 % en février 2026, passant sous le seuil CEMAC pour la première fois depuis mars 2022. Découvrez les causes, les disparités régionales et les perspectives.
Pour la première fois depuis mars 2022, le Cameroun repasse sous le seuil d’inflation fixé par la CEMAC. Un signal encourageant, mais qui masque encore de fortes tensions sur les prix alimentaires et de nettes disparités entre les villes du pays.
Un cap symbolique enfin franchi
Selon la note mensuelle publiée par l’Institut national de la statistique (INS), le taux d’inflation au Cameroun s’est établi à 2,9 % en moyenne sur les douze derniers mois à fin février 2026.
Un chiffre qui peut sembler anodin, mais qui revêt une portée considérable : c’est la première fois depuis mars 2022 que le pays repasse sous le seuil de 3 % imposé par la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Après plusieurs années de tensions inflationnistes alimentées par les chocs post-pandémiques, les répercussions du conflit en Ukraine sur les prix de l’énergie et des matières premières, et les fragilités structurelles de l’économie locale, ce retour à la norme communautaire marque une inflexion significative.
L’INS précise que cette tendance baissière s’est amorcée dès la fin de l’année 2025, après un léger rebond enregistré en novembre.
Cette évolution confirme la trajectoire anticipée par le FMI, qui prévoit un taux de 2,9 % pour 2026, avec une stabilisation attendue autour de 2,5 % à moyen terme.
Lire aussi : Café UCCAO : 1,05 milliard FCFA pour une usine XXL à Bafoussam
L’alimentation reste le talon d’Achille
Si la dynamique globale est rassurante, le tableau reste contrasté pour les ménages camerounais. Les produits alimentaires continuent d’exercer une pression à la hausse significative, avec une progression de 6,3 % sur douze mois.
Les produits frais affichent même une hausse de 9,9 %, une réalité qui pèse lourdement sur le budget des familles à revenus modestes.
L’INS pointe du doigt le poids de ces produits dans la consommation des ménages, mais aussi leur forte sensibilité aux conditions d’approvisionnement, aux coûts de transport et aux aléas climatiques qui affectent la production. Du côté de l’énergie, la hausse reste plus contenue, à +1,6 %.
L’analyse par origine des produits révèle une inflation davantage domestique qu’importée : les biens et services produits localement ont vu leurs prix grimper de 3,4 %, contre seulement 1,7 % pour les produits importés.
Ce décalage traduit des tensions internes liées à l’augmentation des coûts de production et aux contraintes logistiques qui pèsent sur le tissu économique national.
Des prix qui varient selon les villes
L’une des données les plus frappantes du rapport de l’INS est l’hétérogénéité des situations selon les régions. Le prix de la vie n’augmente pas au même rythme à Maroua qu’à Ngaoundéré ou Bamenda :

Ces écarts s’expliquent principalement par les différences de coûts de transport, la disponibilité locale des produits et les contraintes logistiques propres à chaque bassin de vie. Les villes enclavées ou situées dans des zones de tension, comme Bamenda, payent un surcoût inflationniste structurel.
Vers une stabilisation durable ?
Ce retour sous la barre symbolique des 3 % est une bonne nouvelle pour la crédibilité économique du Cameroun au sein de la zone CEMAC. Il témoigne d’un retour progressif à la discipline monétaire et d’une modération des pressions sur les prix, même si des défis structurels subsistent, notamment en matière d’accès à l’alimentation et de compétitivité des filières locales.
Le FMI table sur une stabilisation de l’inflation autour de 2,5 % à moyen terme, un objectif atteignable si les réformes en cours sur la logistique, la production agricole et la politique budgétaire produisent leurs effets.
Pour les Camerounais, la vraie question reste de savoir quand ce recul de l’inflation se traduira concrètement en un répit pour leur pouvoir d’achat quotidien.










