Le ministre des Finances Louis Paul Motaze a annoncé l’imposition des créateurs de contenu camerounais en 2026. Un projet encore flou, basé sur les revenus publicitaires, la monétisation des comptes et le nombre d’abonnés. Décryptage d’une mesure controversée.
Le budget 2026 du Cameroun s’accompagne d’une annonce qui fait l’effet d’une bombe dans la communauté numérique. Mardi 13 janvier, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a déclaré que les créateurs de contenus seraient désormais soumis à l’impôt.
Le critère ? Un mélange surprenant entre les « revenus publicitaires générés » et le « nombre d’abonnés ». Cette formulation immédiatement problématique jette un flou total sur l’application de la mesure et révèle une méconnaissance des mécanismes de l’économie créative en ligne.
Car un abonné n’est pas un revenu. Un influenceur avec 10 000 followers engagés peut gagner bien plus qu’un créateur avec 100 000 abonnés passifs. Comment le fisc fera-t-il la distinction ?
Pire encore : la mesure vise aussi les « autres utilisateurs des réseaux sociaux ». Où s’arrête la limite ? Un enseignant diffusant des cours, un pasteur partageant ses prêches, deviendront-ils imposables du simple fait de leur audience ? L’absence de cadre précis transforme cette annonce en une épée de Damoclès fiscale suspendue au-dessus de milliers de Camerounais.
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Le défi colossal de l’application
L’application concrète de cette taxe se heurte à des obstacles techniques majeurs :
- Labyrinthe administratif : La mesure nécessiterait la création d’une infrastructure dédiée : qui recensera les créateurs ? Quelle direction sera compétente ? Comment gérer les déclarations pour des créateurs multi-plateformes ou les variations d’audience ? Aussi, quelle sera la fréquence des déclarations? Cette complexité administrative pourrait étouffer dans l’œuf une économie créative naissante. Elle risquerait de décourager de nombreux jeunes talents qui exercent, souvent sans formation comptable.
- Accès aux données : L’administration fiscale camerounaise n’a pas accès aux données de monétisation des géants comme YouTube, Meta (Facebook, Instagram) ou TikTok. La négociation d’accords bilatéraux est un processus long et complexe.
- Déclaration et vérification : En attendant, se basera-t-on sur des déclarations volontaires dans un écosystème où la culture fiscale numérique est quasi inexistante ? Comment vérifier le nombre réel d’abonnés, sachant que l’achat d’abonnés fictifs est une pratique courante ? L’État risque-t-il de taxer des « fantômes numériques » ?
Quelle alternative pour une taxation juste et efficace ?
Le ministre Motaze a raison de souligner que l’économie numérique ne peut rester une zone de non-droit fiscal. Cependant, une réforme réfléchie est nécessaire. Les alternatives possibles incluent :
- Négocier une Taxe sur les Services Numériques (TSD) directement avec les grandes plateformes, comme le font le Nigeria ou le Kenya, pour un prélèvement à la source plus simple et efficace.
- Pour les créateurs individuels, créer un régime fiscal simplifié avec des seuils de revenus annuels clairs en dessous desquels il n’y a pas d’imposition, et un taux forfaitaire modéré au-delà.
- Structurer avant de taxer : prioriser la création d’un cadre légal pour l’entrepreneuriat numérique, faciliter les paiements en ligne et former les créateurs.
La question fondamentale reste posée : l’État camerounais cherche-t-il à réguler intelligemment un secteur d’avenir, ou ouvre-t-il simplement une nouvelle ligne budgétaire sans se donner les moyens techniques et juridiques de la rendre juste et applicable ?
La balle est dans le camp du gouvernement pour apporter des clarifications urgentes et construire un dialogue avec les acteurs concernés.










