Le gouvernement camerounais prépare une hausse de 15% des tarifs d’électricité pour certains professionnels en basse tension. Ménages et petits commerces exclus. Tout ce qu’il faut savoir.
Treize ans. C’est le temps qui s’est écoulé depuis la dernière révision des tarifs d’électricité en basse tension au Cameroun. Depuis 2012, les prix ont été gelés, pendant que les coûts de production, d’achat d’énergie et d’exploitation, eux, n’ont cessé de grimper.
Cette situation a un prix, et ce prix, c’est l’État qui le paie, à hauteur de 79 milliards de FCFA de compensations tarifaires rien qu’en 2025. Le gouvernement a décidé que ça ne pouvait plus durer.
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Un plan de restructuration présenté aux bailleurs de fonds
C’est dans ce contexte que le ministère de l’Eau et de l’Énergie (Minee) a élaboré, en mars 2026, un plan de restructuration de l’ex-Eneo — rebaptisée Socadel — qui prévoit notamment une hausse de 15% des tarifs de l’électricité pour une catégorie bien précise de consommateurs.
Ce document a été présenté aux partenaires financiers du secteur, dont les prêteurs du barrage de Nachtigal, lors d’une réunion tenue le 28 avril 2026 au ministère des Finances.
La mesure ne s’adresse pas à tout le monde. Elle cible exclusivement les consommateurs professionnels en basse tension dont la consommation dépasse 220 kWh, autrement dit, les entreprises disposant d’équipements énergivores. Le rapport du Minee est explicite : les ménages ne seront pas affectés.
De même, les petits garages, les petits instituts de beauté, les petits centres de santé et les petits commerces sont expressément exclus du champ d’application. Un ciblage chirurgical, donc, qui tente de concilier redressement financier et protection des consommateurs les plus vulnérables.
Un rattrapage partiel, pas une révolution tarifaire
Le gouvernement s’est efforcé de cadrer cette mesure comme un simple rattrapage partiel, et non comme une augmentation au coût réel du service. L’argument avancé : cette hausse de 15% resterait inférieure à l’inflation cumulée depuis 2012. En d’autres termes, la facture augmente, mais moins vite que la vie n’a renchéri depuis plus d’une décennie.
L’impact financier attendu est significatif : 8,7 milliards de FCFA de revenus additionnels par mois à l’horizon 2028. De quoi contribuer à résorber le déficit structurel mensuel de l’opérateur, estimé à 13 milliards de FCFA, et alléger d’autant la pression sur les finances publiques, les compensations versées par l’État devant tomber à 39 milliards de FCFA en 2026, contre 79 milliards l’année précédente.
Une réforme qui s’inscrit dans un mouvement plus large
Cette hausse ciblée sur la basse tension n’est pas un événement isolé. Elle s’intègre dans une dynamique de réforme tarifaire engagée depuis 2023 par l’Agence de régulation du secteur de l’électricité (Arsel), qui a entamé un ajustement progressif des tarifs de la haute et de la moyenne tension vers les coûts réels de service.
Résultats déjà enregistrés : 9 milliards de FCFA de trésorerie supplémentaire en 2023, 10 milliards en 2024, et environ 750 millions de FCFA par mois attendus en 2026.
Depuis le 1er janvier 2024, les clients de moyenne tension, environ 2 000 abonnés industriels, soit moins de 0,1% du portefeuille total, ont déjà subi une première hausse : +5% pour les tranches entre 0 et 3 MW, et +10% entre 3 et 10 MW.
Qualité de service : des engagements chiffrés
Une hausse tarifaire sans amélioration de service serait politiquement invendable, et économiquement intenable. Le plan en est conscient. Il prévoit en parallèle une réduction mesurable des coupures d’électricité.
Le SAIDI (durée cumulée des interruptions par client et par an) devrait passer de 51,5 heures à 45,8 heures d’ici 2027. Le SAIFI (fréquence des coupures) devrait quant à lui descendre de 20,1 à 18,3 interruptions annuelles par client sur la même période.
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Un calendrier encore flou, des chantiers structurels en suspens
Malgré tout, plusieurs zones d’ombre persistent. La date d’entrée en vigueur de la hausse, les modalités de facturation, les mécanismes de recours éventuels. Rien de tout cela n’a été officiellement communiqué. La mention d’un gain attendu à « l’horizon 2028 » laisse entrevoir une montée en charge progressive plutôt qu’une application brutale et immédiate.
Sur le plan structurel, le plan identifie d’autres leviers complémentaires à l’ajustement tarifaire : raccordement de nouveaux industriels, lutte contre la fraude, recouvrement de créances publiques, refinancement de la dette.
Il soulève également la question du mécanisme du prorata de TVA, qui pèse environ 10 milliards de FCFA par an sur l’opérateur et génère un stock de compensations non réglées atteignant 36,8 milliards de FCFA à fin 2025.
Pour y remédier durablement, le document propose d’introduire dans la loi de finances 2027 un taux nul de TVA sur les tranches de consommation comprises entre 0 et 220 kWh.
Le secteur électrique camerounais est à la croisée des chemins. Le plan de restructuration de Socadel esquisse une trajectoire : rééquilibrer progressivement les tarifs, améliorer la qualité de service, assainir les finances de l’opérateur.
La route est longue, les défis immenses, mais pour la première fois depuis treize ans, quelque chose semble enfin bouger.










