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Politique

Cameroun-Nigéria : un pacte de défense pour la sécurité régionale

Le Cameroun et le Nigéria ont signé à Yaoundé un mémorandum d’entente en matière de défense. Cet accord stratégique vise à renforcer la coopération sécuritaire, le partage de renseignements et la lutte contre les menaces transfrontalières en Afrique centrale et de l’Ouest. Le Cameroun et le Nigéria viennent de franchir une nouvelle étape dans le renforcement de leurs relations bilatérales. Réunis à Yaoundé le 16 juin 2026, les responsables de la défense des deux pays ont officialisé un mémorandum d’entente destiné à consolider leur coopération militaire et sécuritaire dans un contexte régional marqué par des défis de plus en plus complexes. La cérémonie de signature, organisée dans la salle des Actes du ministère camerounais de la Défense, symbolise la volonté commune de Yaoundé et d’Abuja de bâtir une réponse concertée face aux menaces qui pèsent sur la stabilité de la sous-région. Cet engagement intervient alors que les deux nations partagent une longue frontière et sont confrontées à des enjeux sécuritaires similaires, notamment la criminalité transfrontalière, les mouvements armés et les risques liés à l’insécurité régionale. Une coopération militaire portée au plus haut niveau L’accord a été signé par le ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense du Cameroun, Joseph Beti Assomo, et son homologue nigérian, le général Christopher Gwabin Musa, ministre de la Défense de la République fédérale du Nigéria. Cette rencontre de haut niveau s’est tenue sous l’impulsion des présidents Paul Biya et Bola Ahmed Tinubu, respectivement chefs des Forces armées du Cameroun et du Nigéria. Leur implication témoigne de l’importance stratégique accordée à ce partenariat, considéré comme un levier majeur pour la préservation de la paix et de la stabilité dans la région. Plusieurs personnalités civiles et militaires ont pris part à l’événement. Des membres du gouvernement, des représentants du corps diplomatique, de hauts responsables de l’armée ainsi que de nombreuses autorités administratives ont assisté à cette cérémonie qui marque un tournant dans les relations sécuritaires entre les deux États. Un accord pour répondre aux défis sécuritaires communs Au-delà du caractère protocolaire de la signature, le mémorandum d’entente traduit une ambition commune : renforcer l’efficacité de la coopération face aux menaces qui dépassent les frontières nationales. Les discussions ayant précédé la signature ont permis aux deux délégations d’identifier plusieurs axes prioritaires de collaboration. Parmi eux figurent le renforcement de la coordination opérationnelle, l’intensification du partage de renseignements stratégiques ainsi que l’amélioration des mécanismes de coopération entre les forces de défense et de sécurité des deux pays. Les autorités camerounaises et nigérianes estiment que les défis sécuritaires contemporains nécessitent des réponses collectives et coordonnées. Dans un environnement où les réseaux criminels et les groupes armés exploitent souvent les frontières pour mener leurs activités, la coopération bilatérale apparaît comme une nécessité stratégique. La sécurité au service du développement Lors de leurs interventions respectives, les deux ministres ont insisté sur le fait que cet accord ne se limite pas à un simple engagement diplomatique. Il s’inscrit dans une vision plus large visant à garantir un environnement stable et sécurisé, indispensable au développement économique et social des populations. La sécurité constitue aujourd’hui un facteur déterminant pour attirer les investissements, favoriser les échanges commerciaux et améliorer les conditions de vie des citoyens. En consolidant leur partenariat dans le domaine de la défense, le Cameroun et le Nigéria entendent ainsi créer les conditions nécessaires à une croissance durable et à une prospérité partagée. Les responsables des deux pays ont également souligné que la stabilité régionale demeure un enjeu collectif. Les bénéfices d’une coopération renforcée entre Yaoundé et Abuja pourraient ainsi s’étendre à l’ensemble de la sous-région, contribuant à la consolidation des efforts de paix menés en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest. Une relation bilatérale déjà solide Cette nouvelle avancée s’appuie sur des relations historiques entre les deux voisins. Le Cameroun et le Nigéria entretiennent depuis plusieurs décennies des liens diplomatiques, économiques et sécuritaires étroits. Leur coopération a déjà permis de mener diverses initiatives conjointes dans la lutte contre l’insécurité et la préservation de la stabilité aux frontières communes. La signature de ce mémorandum vient donc renforcer un partenariat existant tout en ouvrant la voie à de nouvelles formes de collaboration adaptées aux réalités sécuritaires actuelles. Pour de nombreux observateurs, cet accord constitue également un signal fort en faveur de l’intégration régionale et de la solidarité entre États africains face aux défis contemporains. Un message fort pour la paix régionale La cérémonie s’est déroulée dans une atmosphère empreinte de respect mutuel et de fraternité. Après l’exécution des hymnes nationaux, les deux ministres ont procédé à la signature officielle du document avant d’échanger les parapheurs, symbolisant ainsi l’engagement réciproque de leurs gouvernements. L’événement s’est achevé par une photo de famille réunissant les différentes délégations sur l’esplanade du ministère de la Défense à Yaoundé. Une image qui illustre parfaitement l’esprit de coopération et de confiance qui caractérise désormais les relations entre les deux pays. Avec ce mémorandum d’entente, le Cameroun et le Nigéria réaffirment leur détermination à travailler ensemble pour relever les défis sécuritaires de demain. Plus qu’un simple accord, il s’agit d’une vision commune de la paix, de la stabilité et du développement au bénéfice des populations et de l’ensemble de la région.

Crise au noso: des femmes de Bamenda tissent la paix arrondissement par arrondissement

Des femmes du Nord-Ouest camerounais lancent à Bamenda un réseau de médiation couvrant 34 arrondissements pour bâtir la paix après dix ans de crise anglophone.  Bamenda, carrefour d’une nouvelle volonté de paix Près de dix ans, c’est le temps que dure la crise sociopolitique qui déchire les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Dix ans de violences, de déplacements, de deuils et de silences forcés. Pourtant, à Bamenda, quelque chose a changé : des femmes ont décidé de ne plus attendre que la paix leur soit rendue. Elles ont choisi d’aller la chercher, arrondissement par arrondissement. Réunies sous l’égide de l’ONG Mother of Hope Cameroon, elles viennent de lancer un réseau régional de médiation couvrant la totalité des 34 arrondissements du Nord-Ouest. Une initiative rapportée par la CRTV, qui marque une étape inédite dans la mobilisation des femmes comme actrices de terrain de la réconciliation. Cameroun : pourquoi les députés vont rester en poste jusqu’en décembre 2026 (et ce que ça change pour vous) Une architecture de proximité Le pari de ce réseau est simple dans sa forme, ambitieux dans sa portée : ancrer la médiation là où les institutions peinent à s’imposer. Dans les marchés, les quartiers, les villages, les zones rurales enclavées où la méfiance envers les acteurs extérieurs reste profonde. Les femmes mobilisées sont issues des communautés elles-mêmes. Leur rôle : détecter les tensions naissantes, créer des espaces de dialogue entre voisins, familles ou communautés divisées, et contribuer à restaurer la confiance dans des localités profondément blessées. Elles ne sont pas des négociatrices venues de l’extérieur. Elles sont les filles, les mères, les voisines de ceux qu’elles cherchent à rapprocher.  Cette logique de reconstruction par le bas repose sur un constat que trop de processus de paix formels ignorent : les femmes sont au cœur de la vie communautaire, mais restées trop longtemps aux marges des mécanismes officiels de résolution des conflits. Ce réseau entend corriger cette anomalie. Les premières victimes d’une crise qui dure Pour comprendre pourquoi cette mobilisation est nécessaire, il faut mesurer ce que la crise anglophone a réellement coûté à ces femmes. Le tableau est sombre. Dans un rapport publié en février 2022, International Crisis Group documente l’impact dévastateur du conflit sur les populations civiles des régions affectées. Les femmes et les enfants y figurent parmi les victimes les plus exposées, représentant une part majoritaire des personnes déplacées à l’intérieur du pays. Beaucoup se retrouvent soudainement seules à la tête de foyers entiers, sans ressources stables, sans logement sécurisé, parfois sans papiers d’identité. Cette dernière réalité, souvent sous-estimée, a des conséquences concrètes et immédiates : impossibilité de circuler librement aux points de contrôle, accès bloqué aux soins, aux écoles, aux aides humanitaires, aux démarches administratives élémentaires. La crise a aussi exposé les femmes et les adolescentes à des formes graves de violences : abus dans les zones de conflit, exploitation dans les villes de refuge. Depuis l’intensification des affrontements en 2018, des milliers de femmes ont fui les régions anglophones vers Douala, Yaoundé et d’autres centres urbains francophones. Ce déracinement forcé a plongé nombre d’entre elles dans une précarité extrême, les rendant vulnérables à de nouveaux dangers dans des environnements qu’elles ne connaissent pas. La paix, bien plus que l’arrêt des armes Ce que cette crise a appris, c’est que la fin des violences ne suffit pas à rétablir une vie normale. La paix, la vraie, suppose un travail de reconstruction long et multidimensionnel : retrouver ses papiers, reprendre une activité économique, scolariser à nouveau ses enfants, renouer des liens sociaux brisés, récupérer une dignité abîmée. C’est précisément dans cet espace que les femmes médiatrices du Nord-Ouest veulent intervenir. Non pas comme substituts aux institutions, mais comme relais indispensables entre la réalité vécue sur le terrain et les efforts de pacification plus globaux. Leur force, c’est leur connaissance intime des communautés, des codes locaux, des souffrances particulières de chaque localité. Des victimes devenues actrices Il y a quelque chose de profondément juste dans cette démarche. Les femmes du Nord-Ouest n’ont pas attendu que le monde les reconnaisse comme victimes pour agir en bâtisseuses. Elles transforment une expérience collective de la douleur en énergie de reconstruction. Ce réseau de 34 arrondissements n’est pas seulement un dispositif de médiation. C’est une déclaration : la paix ne se décrète pas depuis les sommets, elle se construit à hauteur d’homme et de femme dans chaque communauté, chaque foyer, chaque conversation difficile que quelqu’un accepte d’avoir. Dans une région où la crise a fracturé les familles, exilé des quartiers entiers et semé une méfiance durable entre voisins, ces femmes choisissent de faire le chemin inverse. Elles avancent vers le dialogue là où d’autres ont reculé. Elles tendent la main là où le conflit a appris à se méfier. C’est peut-être là, dans cet effort discret et déterminé, que se joue une partie de l’avenir du Nord-Ouest camerounais.

Cameroun : pourquoi les députés vont rester en poste jusqu’en décembre 2026 (et ce que ça change pour vous)

La Présidence camerounaise propose une nouvelle prorogation du mandat des députés jusqu’au 20 décembre 2026. Entre raisons financières, réajustement d’Elecam et enjeux constitutionnels, on vous explique tout. Le 19 mars 2026, un texte discret mais lourd de conséquences a atterri sur le bureau de l’Assemblée nationale. Son expéditeur : la Présidence de la République. Son objet : prolonger encore une fois le mandat des députés de la 10e législature. Si les élus disent oui, ils resteront en poste jusqu’au 20 décembre 2026. Soit près de deux ans de plus que le quinquennat prévu par la loi. Dans les couloirs du Parlement, on le sait déjà : ce projet de loi sera l’un des dossiers chauds de la session parlementaire de mars. Il devrait être adopté avant la clôture, prévue autour du 10 avril. Mais pourquoi cette nouvelle prorogation ? Et qu’est-ce que cela change concrètement pour le calendrier électoral et pour les Camerounais ? Décryptage. Un deuxième report après celui de 2024 Pour comprendre, il faut remonter un peu en arrière. Normalement, les députés camerounais sont élus pour cinq ans. Les dernières élections législatives ont eu lieu le 9 février 2020. Leur mandat devait donc logiquement s’éteindre le 9 février 2025. Mais voilà : le 24 juillet 2024, un décret présidentiel a prorogé ce mandat de douze mois, jusqu’au 30 mars 2026. Une première prolongation, rendue possible par l’article 15 de la Constitution de 1996, qui permet au Président de la République, en cas de crise grave et après consultation des instances compétentes, de demander à l’Assemblée nationale de proroger ou d’abréger son propre mandat par une loi. Aujourd’hui, avec l’échéance du 30 mars qui approche, la Présidence remet le couvert. Le nouveau projet de loi propose de pousser la date limite au 20 décembre 2026. Soit près de sept mois supplémentaires par rapport à la première prorogation. L’argument financier, première justification Dans l’exposé des motifs du projet de loi, l’exécutif avance deux arguments principaux pour justifier ce nouveau délai. Le premier est financier, et il est de poids. L’année 2025 a été chargée pour les caisses de l’État. D’abord, l’élection présidentielle du 12 octobre 2025, qui a mobilisé d’importants moyens logistiques, matériels et sécuritaires. Ensuite, l’élection des conseillers régionaux fin décembre, qui a elle aussi pesé sur le budget. Deux scrutins organisés en l’espace de quelques mois, dans un contexte économique que l’exécutif qualifie lui-même de « difficile ». Répéter les élections législatives et municipales (dont le mandat expire également) dans la foulée aurait été, selon la logique présidentielle, un effort budgétaire trop lourd. La prorogation vise donc à « alléger la charge financière que font peser les élections sur le budget de l’État ». Elecam a besoin de souffler Le second argument touche à l’organisation matérielle des scrutins. L’exécutif estime que l’organe en charge des élections, Elecam, a besoin de temps pour « se rajuster » et « assurer une organisation plus sereine » des futures législatives et municipales. Un aveu implicite, mais important : après deux scrutins majeurs en quelques mois, la machine électorale a besoin de souffler. La prorogation offre un répit logistique pour préparer les prochaines échéances dans de meilleures conditions. Un calendrier électoral réajusté, mais toujours flou Derrière ces justifications techniques, il y a une réalité politique. Le 10 février 2026, lors de son discours à la Jeunesse, le président Paul Biya avait lui-même annoncé « un léger réajustement du calendrier électoral ». La nouvelle doyenne d’âge de l’Assemblée nationale, Marlyse Soppo Touté, en avait déduit, lors de la séance inaugurale du 10 mars, que le report des législatives et des municipales était « quasiment acquis ». Aujourd’hui, ce « léger réajustement » prend la forme d’une prorogation de près de neuf mois. De quoi laisser du temps pour organiser les élections, mais aussi, dans l’esprit de nombreux observateurs, pour gérer d’autres dossiers politiques plus sensibles. Le spectre de la révision constitutionnelle Car ce qui agite vraiment les milieux politiques camerounais, ce n’est pas seulement le report des élections. C’est ce qui pourrait se passer pendant ce délai supplémentaire. Dans les couloirs, on parle d’une éventuelle « modification de la Constitution ». Un sujet qui revient régulièrement dans les discussions et qui, cette fois, pourrait être accéléré. Le calendrier prorogé donne du temps. Du temps pour préparer un éventuel projet de révision, du temps pour négocier au sein de la majorité, du temps pour le faire adopter. Officiellement, rien n’est annoncé. Mais les regards sont tournés vers la Présidence, et les attentes se cristallisent. Que se passe-t-il pour les maires ? Une question demeure : qu’en est-il des exécutifs municipaux ? Le mandat des maires, qui est également de cinq ans, arrive aussi à échéance. Mais la Constitution ne prévoit pas les mêmes mécanismes de prorogation que pour les députés. Pour l’instant, les maires et leurs conseils municipaux restent dans l’expectative, suspendus aux décisions du chef de l’État. Une situation inconfortable pour les élus locaux, qui doivent gérer le quotidien de leurs communes sans savoir combien de temps ils resteront en poste. Une seule certitude : le calendrier électoral camerounais, déjà chamboulé, entre dans une zone de turbulences où les reports successifs redessinent en silence la carte du pouvoir.

Naomie Begala Mikel Akono : la percée féminine qui redessine le Sénat camerounais

Naomie Begala Mikel Akono entre dans l’histoire en devenant la première femme première vice-présidente du Sénat camerounais. Découvrez le parcours de cette diplomate de formation qui incarne un nouveau visage du leadership féminin au Cameroun. Le 17 mars 2026 restera gravé dans les annales du Sénat camerounais. Ce jour-là, sous la lumière tamisée de l’hémicycle, un plafond de verre a volé en éclats. Silencieusement, presque en douceur, mais avec une force symbolique immense. Pour la première fois depuis que la chambre haute du Parlement fonctionne effectivement, une femme a été portée au poste de première vice-présidente. Elle s’appelle Naomie Begala Mikel épouse Akono. Sénatrice RDPC de la région de l’Est, elle succède à Aboubakary Abdoulaye, désormais président du Sénat. Et le verdict des urnes a valeur de plébiscite : 83 voix sur 84 votants, soit 98,80 % des suffrages. Un seul bulletin nul. Le genre de score qui en dit long sur le consensus qui a entouré son accession. Mais derrière ces chiffres impressionnants, qui est vraiment cette femme qui vient d’écrire une page d’histoire ? Une discrète aux dents longues Dans l’univers feutré de la politique camerounaise, Naomie Begala Mikel Akono n’a jamais été de celles qui cherchent la lumière. Son parcours s’est construit loin des projecteurs, dans l’ombre des institutions, à force de patience et de sérieux. Jusqu’à récemment, elle occupait le poste de secrétaire du bureau du Sénat. Un poste clé, mais discret. Un poste où l’on apprend, où l’on observe, où l’on tisse sa toile. Cette ascension sans heurt mais sans rupture de rythme raconte une histoire : celle d’une femme qui a choisi de bâtir sa légitimité pierre par pierre, convaincue que le temps travaille pour ceux qui savent attendre. De la valise diplomatique aux arcanes du pouvoir Avant d’entrer dans l’arène parlementaire, Naomie Begala Mikel Akono avait déjà une longueur d’avance. Diplômée en relations internationales, docteure dans la même discipline, elle a longtemps porté la voix du Cameroun au-delà de ses frontières. Son parcours à l’étranger lui a offert ce que beaucoup de responsables politiques n’ont pas : une vision globale des enjeux, une compréhension fine des équilibres géopolitiques, et cette capacité à naviguer dans les cercles de décision avec l’aisance d’une habituée. Quand elle pose ses valises au Sénat, elle ne découvre pas les arcanes du pouvoir. Elle les connaît. Elle les a pratiqués. Sa montée en puissance dans l’institution parlementaire n’est donc pas le fruit du hasard. C’est celui d’une femme qui, forte de son expertise, a su se rendre indispensable. Un poste qui n’a rien d’honorifique Si son élection fait grand bruit, ce n’est pas seulement parce qu’elle est une première. C’est aussi parce que le poste de première vice-présidente compte. Vraiment. En cas d’absence ou d’empêchement du président du Sénat, c’est elle qui prend la barre. Elle est également au cœur de l’organisation et de la coordination des travaux parlementaires. Autrement dit, elle entre dans le cercle très fermé de ceux qui font tourner la maison. Naomie Begala Mikel Akono ne sera pas une figure décorative. Elle sera un rouage essentiel de l’institution. Une responsabilité qu’elle semble avoir mesurée avant même d’y accéder, tant son parcours a été celui d’une préparation minutieuse. Le symbole d’un renouveau Mais au-delà des fonctions, c’est le symbole qui fait vibrer. À 62 ans, cette femme discrète devient soudain l’un des visages les plus en vue du Sénat. Et elle l’a bien compris. Dans sa première prise de parole à la radio nationale, elle a donné le ton, avec une voix calme mais ferme : « Nous allons apporter plus de dynamisme, une touche féminine. » Une touche féminine. L’expression est choisie. Elle n’est ni revendicatrice ni militante. Elle est simplement une promesse. Celle d’une manière différente de faire de la politique, peut-être plus collaborative, peut-être plus inclusive. Son accession s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement plus large. Celui de la volonté affichée par le président Paul Biya, dans le cadre de son nouveau septennat, de promouvoir les femmes et les jeunes, d’encourager un leadership qui ressemble davantage à la diversité du pays. Naomie Begala Mikel Akono incarne cette aspiration. Un appel aux vocations Dans son discours d’intronisation, la nouvelle première vice-présidente n’a pas seulement parlé pour elle. Elle a tendu une main à toutes celles qui pourraient douter. Aux femmes, d’abord. Aux jeunes, ensuite. « Croyez en vos capacités, investissez pleinement la vie publique », leur a-t-elle lancé. Une phrase qui résonne comme un appel aux vocations, une invitation à bousculer à leur tour les plafonds de verre. Car c’est bien cela, la force de ce moment. Naomie Begala Mikel Akono n’est pas seulement entrée dans l’histoire. Elle ouvre une porte. Elle prouve que dans un univers politique longtemps dominé par les hommes, il y a désormais une place pour celles qui osent, celles qui persistent, celles qui se préparent. Une nouvelle séquence Pour elle, le parcours ne fait que commencer. Discrète hier, elle devient aujourd’hui l’un des visages les plus scrutés du Sénat. La pression est là, mais l’expérience aussi. Diplomatie, relations internationales, mécanismes parlementaires : elle a toutes les clés en main pour réussir. Reste à savoir comment cette « touche féminine » qu’elle promet va se traduire dans les faits. Une chose est sûre : le 17 mars 2026, le Sénat camerounais a changé. Et il ne sera plus jamais tout à fait le même.

Assemblée nationale : Théodore Datouo, l’homme d’affaires discret qui devient le nouveau maître du perchoir

Portrait du nouveau président de l’Assemblée nationale camerounaise, Théodore Datouo. De l’importation de matériaux aux coulisses du pouvoir, retour sur le parcours hors norme de cet homme d’affaires devenu figure politique incontournable. Il n’y a pas eu de bruit, pas de coup d’éclat. C’est en silence, avec la précision d’un horloger, que le perchoir de l’Assemblée nationale camerounaise a changé de propriétaire. Dans la grande salle du Palais des verres Paul Biya, l’histoire s’est écrite sans fracas, mais avec une portée politique immense. Les députés du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), fidèles à la consigne venue d’en haut, ont élu celui qui n’était encore qu’un cinquième vice-président discret. Nom : Théodore Datouo. Score : 133 voix sur 147, soit plus de 90 % des suffrages. Loin des tribuns passionnés qui enflamment les hémicycles, c’est un stratège de l’ombre, un homme de réseaux et de patience, qui vient de s’emparer du deuxième poste de l’État. Derrière ce nom, qui succède à celui de Cavaye Yéguié Djibril, détenteur du record de longévité au perchoir depuis 1992, se cache un parcours aussi riche que méconnu du grand public. Portrait d’un bâtisseur, entre poudre d’or économique et réalités du pouvoir. Du comptoir commercial au cercle des décideurs Avant d’être une figure politique des Hauts-Plateaux, dans la région de l’Ouest, Théodore Datouo a longtemps eu la poussière des chantiers et l’odeur des ports comme horizon. Né le 5 juillet 1960 à Nkongsamba, originaire de Bangou, ce chef d’entreprise n’a jamais cessé de cultiver une double casquette : celle de l’homme d’affaires et celle du notable. Lorsqu’il décroche sa licence en sciences économiques, option gestion des entreprises, à l’Université de Yaoundé en 1986, il ne se précipite pas vers la politique. Il préfère les terrains vagues, les négociations commerciales et les flux tendus. En 1987, il prend les rênes de la société EDA, spécialisée dans l’importation de matériaux de construction. Très vite, il élargit son horizon bien au-delà des frontières camerounaises. Direction Libreville, au Gabon, où il dirige le Comptoir commercial d’Afrique, avant de prendre la tête de Big Shop Company. Mais le tournant décisif de sa carrière entrepreneuriale survient en l’an 2000. À cette époque, il devient le patron de la Société équatoriale du bois, une filiale du groupe Big Shop. Là, il met la main à la pâte sur un projet titanesque : le pipeline Tchad-Cameroun. Sa branche logistique et transport intervient comme sous-traitant sur ce chantier phare, un passage obligé pour tous ceux qui comptent dans le milieu des affaires en Afrique centrale. Cette période forge sa réputation d’opérateur économique solide, un atout majeur dans un pays où l’économie et la politique sont souvent les deux faces d’une même pièce. La politique, une affaire de patience Pendant que ses affaires prospèrent, Théodore Datouo observe. Il n’entre dans l’arène politique qu’en 2002, presque par la petite porte, comme député suppléant. Une entrée en matière discrète, presque timide, mais calculée. Dans les Hauts-Plateaux, il commence à tisser sa toile. Là où certains brûlent les étapes, lui préfère arroser les racines. En 2007, il devient président de la section RDPC des Hauts-Plateaux Sud. Cette année-là, il troque son statut de suppléant contre celui de député titulaire. À partir de là, sa progression suit une courbe ascendante, aussi régulière que celle des entreprises qu’il dirige. 2011 est une année charnière : il entre au comité central du RDPC, le saint des saints du parti au pouvoir. Réélu député en 2013, il accède ensuite au bureau de l’Assemblée nationale en tant que vice-président. Les mandats s’enchaînent, les responsabilités s’accumulent. En février 2020, il est reconduit, installé confortablement dans les rouages les plus sensibles de l’institution. L’ombre tutélaire de Cavaye Dans ce milieu où la confiance vaut plus que l’or, Datouo a su trouver un mentor de poids : Cavaye Yéguié Djibril, l’ancien président de l’Assemblée. En 2017, ce dernier lui confie un dossier brûlant : la présidence du comité de suivi de la construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale. À première vue, ce n’est qu’un chantier. Mais dans le microcosme de la haute assemblée, piloter cette construction revient à devenir le dépositaire des secrets de la maison. C’est un signe de confiance absolue. En gérant les murs du futur siège, Datouo s’est imposé comme un rouage central du fonctionnement interne. Lorsque Cavaye Yéguié Djibril doit passer la main, la logique interne du RDPC a fait le reste : c’est l’homme de confiance, l’homme des missions délicates, qui hérite du perchoir. Une victoire entre consolidation et transition Aujourd’hui, Théodore Datouo incarne la nouvelle figure de proue d’une institution en suspens. Sa promotion intervient dans un contexte institutionnel particulier, marqué par la prorogation du mandat des députés via la loi du 24 juillet 2024. Le renouvellement de la Chambre plane encore comme une épée de Damoclès sur les équilibres politiques. Cette élection, bien que confortable, est donc une victoire à double lecture. D’un côté, elle couronne une vie de patience, un parcours où l’entrepreneuriat a servi de tremplin au pouvoir. De l’autre, elle pourrait n’être qu’une étape transitoire, une mise en place avant les grands arbitrages politiques à venir. Pour l’instant, le nouveau maître des lieux, fort de ses réseaux d’affaires et de son ancrage local, peut savourer. Mais dans le grand jeu politique camerounais, nul doute que Théodore Datouo, l’homme qui a bâti sa vie sur le concret des matériaux et la fluidité des réseaux, gardera un œil sur l’horizon.

Foncier au Cameroun : les chefs traditionnels désormais incontournables pour les grandes attributions de terres

Foncier au Cameroun : les chefs traditionnels désormais incontournables pour les grandes attributions de terres

Reforme foncière au Cameroun : depuis décembre 2025, tout projet d’immatriculation de terrain de plus de 10 hectares exige l’accord écrit des chefs traditionnels de 1er degré. Découvrez les enjeux de cette réforme portée par le Mindcaf. Au Cameroun, la gestion du foncier entre dans une nouvelle ère. Depuis décembre 2025, une circulaire du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières (Mindcaf) impose l’accord formel des chefs traditionnels de 1er degre pour toute demande d’attribution de terrain dépassant 10 hectares. Une décision qui redistribue les cartes du pouvoir foncier et renforce la protection des communautés rurales face aux accaparements de terres. Une lettre de non-objection désormais obligatoire Signée le 26 décembre 2025, la circulaire du Mindcaf marque un tournant dans la politique foncière camerounaise. Elle rend obligatoire la production d’une lettre de non-objection ou d’une objection motivée émanant des chefs traditionnels de 1er degré pour toute immatriculation ou concession portant sur une superficie supérieure a 10 hectares. Pour le ministre Henri Eyebe Ayissi, cette prérogative forte vise a : Cette mesure s’inscrit dans un vaste chantier de réforme, élabore avec l’appui technique et financier de la coopération allemande, qui doit déboucher sur un Document de politique nationale foncière et sur un nouveau projet de loi portant régime foncier et domanial. Lire aussi : Cameroun/Immobilier : les « démarcheurs » informels devront désormais payer la TVA Lutter contre la spéculation foncière : un enjeu national Lors d’un atelier de présentation tenu le 27 février 2026 à Yaoundé, le ministre Eyebe Ayissi a posé le diagnostic sans détour : l’absence de régulation foncière génère des conflits, de la spéculation et une appropriation de terres a des fins non productives. Le gouvernement envisage donc de plafonner les superficies attribuables a une même personne physique ou morale a l’issue des périodes de concession. Les objectifs affichés sont clairs : Pour le Mindcaf, la terre n’est pas une marchandise ordinaire. Elle constitue un patrimoine commun, un levier stratégique de développement et un facteur déterminant de stabilité sociale. C’est dans cet esprit que les sociétés civiles et riverains, qui dénonçaient depuis longtemps l’attribution de vastes étendues a des particuliers, voient leurs préoccupations enfin prises en compte. Des indemnités pour les chefs traditionnels : la question enfin tranchée Les reformes ne se limitent pas aux procédures d’attribution. Elles touchent également au fonctionnement des Commissions consultatives d’attribution de parcelles. Le constat du ministre est sans appel : les descentes de terrain sont souvent paralysées par le manque de moyens financiers, créant lenteurs, incompréhensions et parfois des irrégularités préjudiciables a la transparence du service public foncier. Pour y remédier, le Mindcaf prépare un texte règlementaire encadrant les indemnités selon deux critères : Une avancée concrète qui devrait améliorer sensiblement l’efficacité et la crédibilité des procédures d’attribution foncières. Des avril 2026 : les chefs de 3e degré habilites à délivrer des titres provisoires Le processus de réforme franchira une nouvelle étape symbolique dès le 1er avril 2026. Les chefs traditionnels de 3e degré seront habilites à délivrer des titres fonciers provisoires aux demandeurs. Une mesure de décentralisation qui rapproche l’administration foncière des populations, notamment dans les zones les plus reculées du pays. En résumé : ce que change concrètement la reforme Objectif global : lutter contre la spéculation, protéger les communautés et moderniser la gouvernance foncière.

Classement militaire 2026 : le Tchad demeure première puissance de la CEMAC devant le Cameroun (Global Firepower)

Classement militaire 2026 : le Tchad demeure première puissance de la CEMAC devant le Cameroun (Global Firepower)

Selon le classement GFP 2026, le Tchad reste l’armée la plus puissante de la CEMAC, suivi du Cameroun. Analyse des scores, des effectifs et du contexte sécuritaire régional. Dans un environnement sécuritaire régional toujours aussi volatile, la hiérarchie des forces armées est un indicateur scruté. Selon l’édition 2026 du Global Firepower (GFP) Index, référence mondiale en matière de classement militaire, le Tchad conserve son statut de première puissance militaire de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). Avec un score de 1,8594 et une 85e place mondiale, N’Djamena devance son voisin camerounais, qui se classe 99e mondial avec un score de 2,1689. Cette performance tchadienne, notable pour un pays sans littoral, souligne l’importance stratégique de son armée, forgée dans la lutte contre les groupes armés au Sahel. Le classement confirme une tendance établie : dans cette région confrontée à Boko Haram, aux crises frontalières et à l’instabilité chronique, les investissements militaires et l’expérience au combat pèsent lourd dans la balance. Le Cameroun, solide deuxième malgré des défis multidimensionnels Le Cameroun, quant à lui, maintient sa deuxième place régionale et sa 16e position sur le continent. Son score reflète une capacité militaire « relativement solide » à l’échelle de l’Afrique centrale, bien que limitée au niveau mondial. Cette position est le fruit d’un appareil de défense structuré et engagé sur plusieurs fronts. Selon des rapports de la CIA cités par l’étude, les Forces de Défense du Cameroun comptaient entre 45 000 et 50 000 militaires actifs en 2023. Ce chiffre inclut des unités d’élite comme le Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) et la Garde Présidentielle. Face aux crises persistantes – la lutte contre Boko Haram dans l’Extrême-Nord et le conflit dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest – le pays procède à des recrutements réguliers et poursuit des investissements pour moderniser son équipement et sécuriser ses frontières. Lire aussi : Nouveau porte-avions français : Emmanuel Macron donne son feu vert La méthode GFP : une lecture nuancée de la puissance Le Power Index du Global Firepower offre une analyse comparative basée sur plus de 60 critères, regroupés en six catégories majeures : effectifs humains, équipements (terre, air, mer), moyens financiers, logistiques, ressources naturelles et géographie. À noter : un score plus faible indique une puissance supérieure. Cet indice a l’avantage de ne pas pénaliser les pays sans accès à la mer et de ne pas inclure l’arsenal nucléaire, permettant une comparaison plus équilibrée des capacités conventionnelles. Cette méthodologie explique en partie le bon classement du Tchad, dont la puissance repose largement sur une force terrestre expérimentée et une connaissance intime du terrain sahélien, des atouts qui compensent l’absence de marine. Un classement régional qui reflète les réalités sécuritaires Derrière le duo de tête, le classement régional de la CEMAC se poursuit avec le Congo (117e mondial), le Gabon (132e) et la Centrafrique (143e). La Guinée équatoriale n’apparaît pas dans le classement 2026. Cet ordre illustre la corrélation entre les budgets de défense, la taille des armées et l’acuité des menaces sécuritaires auxquelles chaque État doit faire face. À l’échelle africaine, le podium continental reste inchangé et dominé par les poids lourds : l’Égypte (19e mondiale), l’Algérie (27e) et le Nigeria (33e). Ces trois nations disposent de budgets et d’effectifs sans commune mesure avec ceux des pays d’Afrique centrale, soulignant les disparités profondes en matière de capacités militaires sur le continent. Au-delà du classement : l’expérience du combat, atout intangible Si les chiffres du GFP donnent une photographie utile des capacités matérielles et humaines, ils ne capturent pas entièrement un facteur clé en Afrique centrale : l’expérience opérationnelle. Le Tchad et, dans une moindre mesure, le Cameroun, engagent leurs troupes de manière quasi-continue dans des conflits de haute intensité. Cette culture opérationnelle forge des armées aguerries, un avantage décisif face à des menées asymétriques. Le classement 2026 valide donc une dynamique régionale où le Tchad s’impose comme le gendarme militaire incontesté de la CEMAC, tandis que le Cameroun consolide sa position de puissance de second rang, essentielle à la stabilité du Golfe de Guinée. Dans un contexte où les défis sécuritaires (terrorisme, conflits intercommunautaires, criminalité transfrontalière) ignorent les frontières, cette hiérarchie des forces continuera de structurer les équilibres et les coopérations militaires en Afrique centrale pour les années à venir.

Donald Trump ordonne le retrait des États-Unis de 66 organisations, dont le traité fondateur sur le climat

Donald Trump ordonne le retrait des États-Unis de 66 organisations, dont le traité fondateur sur le climat

Donald Trump a signé un décret retirant les États-Unis de 66 organisations internationales, dont la Convention-cadre de l’ONU sur le climat (CNUCC). Une décision qui isole Washington et alarme la communauté scientifique. Mercredi 7 janvier 2026 restera comme une date charnière pour la diplomatie américaine. Le président Donald Trump a signé un décret ordonnant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, dont près de la moitié sont affiliées aux Nations Unies. Cette décision massive, justifiée par la Maison Blanche au nom d’organisations qui ne serviraient plus « les intérêts américains », marque un nouveau et spectaculaire repli isolationniste de la première puissance mondiale. Au cœur de cette liste figure un symbole : la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CNUCC). Il s’agit du traité fondateur de Rio (1992), matrice de tous les accords climatiques, dont l’Accord de Paris. En quittant cette structure, l’administration Trump coupe définitivement le cordon qui liait les États-Unis à la gouvernance climatique globale. Une charge frontale contre la science et la coopération climatique La portée du décret dépasse largement la seule CNUCC. Il cible méthodiquement les piliers scientifiques et techniques de la lutte contre le changement climatique. Les États-Unis se retireront ainsi également du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’autorité scientifique mondiale de référence. La logique de désengagement est élargie à d’autres structures clés comme l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Pour Rachel Cleetus de l’Union of Concerned Scientists, cette action confirme qu’« une administration autoritaire et anti-science est déterminée à sacrifier le bien-être de la population et à déstabiliser la coopération internationale ». Cette offensive n’est pas une surprise. Elle parachève une doctrine énoncée dès septembre 2025 à la tribune de l’ONU, où Donald Trump avait qualifié le réchauffement climatique de « plus grande arnaque de notre histoire » et vanté les mérites du charbon « propre et magnifique ». Lire aussi : Taxe GAFA Cameroun : un impôt de 3% sur le CA des géants du numérique dès 2026 L’aide au développement et les institutions onusiennes dans le viseur Le décret étend son champ bien au-delà des seules questions environnementales. Il signifie aussi le retrait américain du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA), spécialisé dans la santé maternelle et infantile, après des coupes budgétaires déjà effectives. L’agence de l’ONU pour le commerce et le développement (CNUCED) est également visée, dans un contexte où sa cheffe, Rebeca Grynspan, est candidate au poste de secrétaire général de l’ONU. Cette décision s’inscrit dans une stratégie plus large de « l’America First» réactivée depuis le retour de Trump au pouvoir il y a un an. L’administration a déjà quitté l’Accord de Paris sur le climat, l’UNESCO (réintégrée sous Biden) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle a parallèlement drastiquement réduit son aide au développement, forçant des agences comme le HCR ou le PAM à réduire leurs opérations. Un vide de leadership et une crédibilité américaine entamée Les conséquences de ce retrait en cascade sont multiples. Sur le plan climatique, il laisse un vide de leadership politique et financier colossal au moment où l’action internationale doit s’accélérer. Il isole diplomatiquement Washington de ses alliés traditionnels, tous engagés dans les cadres multilatéraux désertés. En interne, cette politique divise profondément. Elle est saluée par une base électorale souverainiste, mais vivement critiquée par la communauté scientifique, une partie du monde des affaires consciente des risques climatiques, et les défenseurs historiques du rôle global des États-Unis. « C’est un acte politique fort qui redéfinit la place des États-Unis dans le monde.«  Quel avenir pour la gouvernance mondiale sans les États-Unis ? À long terme, cette décision pose une question fondamentale : la gouvernance mondiale peut-elle fonctionner sans la pleine participation de sa première puissance économique et militaire ? Elle pousse l’Europe, la Chine et d’autres acteurs à assumer un leadership plus affirmé, tout en affaiblissant structurellement les institutions multilatérales. Le décret de Donald Trump n’est pas qu’une liste de retraits. C’est un acte politique fort qui redéfinit la place des États-Unis dans le monde. Il privilégie une souveraineté stricte et unilatérale au détriment du système de coopération internationale bâti après 1945. Le choc est désormais absorbé par les chancelleries et les agences onusiennes, qui doivent composer avec une nouvelle donne géopolitique, plus fragmentée et moins prévisible.

Crise post-électorale au Cameroun : 254,6 milliards FCFA de pertes selon le GECAM

Crise post-électorale au Cameroun : 254,6 milliards FCFA de pertes selon le GECAM

Les violences post-électorales d’octobre 2025 ont coûté 254,6 milliards FCFA à l’économie camerounaise. Détails des pertes par secteur et mesures de relance proposées par le GECAM. Le bilan est lourd, très lourd. Les violences post-électorales qui ont suivi la présidentielle du 12 octobre 2025 au Cameroun ont infligé une saignée historique à l’économie nationale. Selon un rapport d’enquête du Groupement des Entreprises du Cameroun (GECAM), le montant total des pertes s’élève à 254,6 milliards de FCFA. Ce chiffre astronomique se divise en deux parts : 211,4 milliards de manque à gagner pour les entreprises, et 43,3 milliards de recettes fiscales évaporées pour l’État. Cette contraction brutale représente 0,6% du PIB camerounais pour la seule année 2025. Elle illustre la violence du choc subi par le tissu productif. Les entreprises ont vu leur chiffre d’affaires s’effondrer en moyenne de 33,5% pendant la crise, générant l’essentiel des pertes (202,3 milliards). À cela s’ajoutent 9,1 milliards de dommages matériels directs : pillages, destructions et incendies. Une onde de choc aux multiples facettes Au-delà des pertes financières directes, l’onde de choc a provoqué des dégâts collatéraux massifs. Le GECAM énumère une série d’impacts dévastateurs : blocage des flux logistiques (touchant 86% de l’agriculture et 74% de l’industrie), poussée inflationniste (taux moyen de 20,1%, culminant à 32,5% dans l’agriculture), et arrêt total d’activité pour 75% des entreprises sondées. Les conséquences sociales sont immédiates et graves : tensions de trésorerie extrêmes, réductions d’effectifs déjà observées, et une détérioration profonde du climat social au sein des entreprises. Cette crise « d’une ampleur inédite », selon les termes du patronat, menace la stabilité de l’emploi et le pouvoir d’achat des ménages. Un plan de relance urgent proposé par le patronat Face à cette situation d’urgence, le GECAM ne se contente pas de dresser un constat. Il adresse au gouvernement une série de mesures prioritaires pour une relance rapide. Le patronat plaide pour des allègements fiscaux ciblés, un moratoire sur les contrôles et un report des échéances fiscales pour soulager la trésorerie exsangue des entreprises. Il appelle également à la mobilisation de lignes de crédit et de subventions, notamment pour les Très Petites Entreprises (TPE) les plus vulnérables. La réhabilitation des outils de production endommagés et le renforcement de la sécurité des zones économiques sont jugés indispensables. Enfin, pour relancer la machine économique, le GECAM demande la suspension temporaire des contrôles routiers sur les principaux corridors pour rétablir la fluidité des échanges. Une étude pour étayer un cri d’alarme Pour crédibiliser son diagnostic, le GECAM s’appuie sur une enquête de terrain rigoureuse. Menée du 6 novembre au 2 décembre 2025, elle a sondé 289 entreprises et 11 organisations professionnelles, représentant un chiffre d’affaires cumulé de 4825 milliards de FCFA. La forte concentration des répondants à Douala (78%), épicentre de la crise, renforce selon l’organisation la représentativité des données, couvrant une zone générant près de 67% du PIB national. Ce rapport sonne comme un cri d’alarme solennel du secteur privé. Il place les autorités devant une double responsabilité : apaiser le climat politique pour restaurer la confiance, et mettre en œuvre sans délai des mesures de soutien économique pour éviter un effondrement plus profond et une crise sociale majeure.

Fresque en treillis, symbole d'une coopération fluide entre Touadera et Poutine dans la capitale Bangui

Faustin-Archange Touadéra réélu en Centrafrique, l’opposition conteste les résultats

Faustin-Archange Touadéra réélu président avec 76,15% des voix selon les résultats provisoires du 28 décembre 2025. L’opposition dénonce des irrégularités. Analyse d’un scrutin clé pour la stabilité du pays. Le président sortant centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, a été réélu avec 76,15% des voix. L’Autorité nationale des élections a annoncé ces résultats provisoires dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 janvier 2026. Son principal rival, Anicet-Georges Dologuélé, est arrivé en deuxième position avec seulement 14,66% des suffrages. Cette annonce survient après un vote présidentiel, législatif, régional et municipal organisé le 28 décembre 2025. Le taux de participation s’établit à 52,43%. Dès vendredi, avant même la proclamation officielle, Dologuélé a revendiqué la victoire. Il a dénoncé des irrégularités majeures et une fraude électorale massive. Le porte-parole de Touadéra a qualifié ces accusations de « fausses« , mettant en garde contre les risques de troubles. Henri-Marie Dondra, troisième avec 3,19%, a, quant à lui, exigé « l’annulation pure et simple des scrutins ». Il a pointé « l’incapacité » de l’agence électorale à organiser un vote crédible. Un paysage politique polarisé et des institutions contestées Ce scrutin marque un nouveau mandat pour Faustin-Archange Touadéra, au pouvoir depuis 2016. Sa réélection en 2020 était déjà entachée de soupçons de fraude. En 2023, il a fait adopter une nouvelle constitution controversée, lui permettant de se représenter. Une partie de l’opposition a d’ailleurs boycotté ce dernier vote, le qualifiant de « mascarade ». Les critiques s’abattent sur les institutions en charge du processus. L’opposition estime que l’Autorité nationale des élections et la Cour Constitutionnelle sont inféodées au pouvoir en place. Leurs décisions seront donc cruciales dans les prochaines semaines. Le Conseil constitutionnel doit proclamer les résultats définitifs à la mi-janvier, après l’examen d’éventuels recours. Stabilité sécuritaire versus précarité économique : le bilan en débat Durant sa campagne, Touadéra s’est présenté comme le « candidat de la stabilité« . Il peut effectivement se targuer d’avancées sécuritaires significatives. En 2021, près de 80% du territoire était sous le contrôle de groupes armés. Aujourd’hui, le gouvernement affirme contrôler environ 90% du pays. Cette stabilisation relative est due à plusieurs facteurs. La signature d’accords de paix avec trois groupes armés cette année a joué un rôle. La présence de la mission de l’ONU, la MINUSCA, et celle d’environ 2 000 paramilitaires russes (anciennement du groupe Wagner) a sécurisé les opérations de vote. Leur intervention avait été décisive pour repousser une coalition rebelle lors de la dernière élection. Cependant, des foyers d’instabilité persistent, notamment à l’est, près de la frontière soudanaise. Pourtant, cette stabilité sécuritaire ne s’est pas traduite par un progrès économique palpable pour la population. Les défis restent immenses. 71% des 5,5 millions de Centrafricains vivent sous le seuil de pauvreté. Le pays manque cruellement de services de base, de routes, et fait face à un chômage endémique. Le coût de la vie ne cesse d’augmenter, creusant les inégalités.

Nouveau porte-avions français : Macron à Noël avec les troupes françaises Emirats arabes unis

Nouveau porte-avions français : Emmanuel Macron donne son feu vert

C’est un projet titanesque qui s’engage. Depuis Abou Dhabi ce dimanche, le président de la République a officiellement lancé la construction du futur porte-avions nucléaire français. Un « monstre flottant » de 80 000 tonnes destiné à remplacer le « Charles-de-Gaulle » et à incarner la puissance militaire nationale face aux nouvelles menaces. C’est depuis le sable chaud d’Abou Dhabi, sur une base militaire française, que le Président a choisi de faire une annonce majeure. Devant les troupes réunies pour la traditionnelle cérémonie de Noël, Emmanuel Macron a donné son feu vert officiel à la construction du futur porte-avions français, successeur du Charles-de-Gaulle. Une décision stratégique qui marque le début d’une aventure industrielle et militaire de près d’une décennie et demie. « Conformément aux deux dernières lois de programmation militaire, et après un examen complet et minutieux, j’ai décidé de doter la France d’un nouveau porte-avions », a déclaré le chef de l’État. « La décision de lancer en réalisation ce très grand programme a été prise cette semaine. » Un « monstre flottant » pour une nouvelle ère de dissuasion Les contours de ce futur géant des mers, dévoilés en avril 2023 par l’ancien ministre des Armées Sébastien Lecornu, donnent le vertige. Décrit comme un « monstre flottant » et une « cathédrale de technologie », le nouveau bâtiment sera à propulsion nucléaire et d’une ampleur inédite pour la Marine nationale. Il affichera des dimensions importantes: près de 80 000 tonnes pour environ 310 mètres de long, loin des 42 000 tonnes et 261 mètres du Charles-de-Gaulle. Véritable ville flottante, il embarquera un équipage de 2 000 marins et pourra mettre en œuvre une trentaine d’avions de combat. Son entrée en service est prévue pour 2038, échéance à laquelle l’actuel porte-avions, en service depuis 2001, aura atteint la fin de sa durée de vie prévue. « Être forts pour être craints » : un projet au cœur de la souveraineté française L’annonce du Président s’inscrit dans un contexte géostratégique tendu. « Nous devons être forts pour être craints », a-t-il estimé, quelques semaines seulement après que le chef d’état-major des armées a mis en garde : la France doit se préparer à un « choc » potentiel dans les trois ou quatre prochaines années, face à la Russie. Ce nouveau porte-avions, « illustration de la puissance de notre nation » selon les mots d’Emmanuel Macron, est donc conçu comme un pilier central de la dissuasion française et de sa capacité d’action autonome sur toutes les mers du globe. Un chantier colossal pour irriguer l’économie française Au-delà de l’enjeu militaire, le Président a mis en avant les retombées industrielles de ce projet. « Ce chantier va directement irriguer notre économie et les 800 fournisseurs, dont 80% sont des PME impliquées dans la construction », a-t-il détaillé, promettant de se rendre sur le chantier en février prochain. Le lancement de ce programme, fruit d’une collaboration des états-majors et des industriels, ouvre ainsi une nouvelle page pour la construction navale militaire française. Il engage le pays dans la réalisation d’un outil de souveraineté pour le milieu du siècle, symbole tangible de sa volonté de rester une puissance militaire de premier rang.